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Attaques et contre-attaques verbales entre communautés religieuses dans un contexte de menace terroriste : le Sénégal joue-t-il avec le feu ?

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Ce dimanche 24 octobre, le Dr Ahmad Lô fera une déclaration sur la sécurité et la stabilité du Sénégal. Le leader du mouvement « Al Istikhama » appartenant à la mouvance salafiste, se prononcera aussi sur les « moyens de renforcement de la cohabitation pacifique entre citoyens ». Cet évènement intervient après une expédition punitive avortée organisée par Xudamul Khadim à Touba après que des salafistes ont tenu des propos jugés désobligeants contre le mouridisme et son fondateur. Alors que Muxadimatul Xidma et Safinatoul Amane ont pour missions respectives de veiller sur les cimetières et le port vestimentaire dans la ville sainte, Xudamul Khadim confiée à Serigne Amsatou Mbacké Ibn Serigne Abdoul Ahad, est chargé de faire la police à Touba. Composée de chefs religieux, il lui incombe de donner la riposte aux pourfendeurs de Cheikh Ahmadou Bamba et de sa  voie.

C’est dans cet esprit que le 17 octobre dernier un appel a été lancé via WhatsApp à tous les membres pour une expédition punitive contre des « contempteurs » de Serigne Touba, qui plus est, habitent à Ngabou, à l’entrée de la ville sainte. Il est demandé aux membres de venir armés et de faire une descente musclée chez les « insulteurs ».  Les enregistrements audio ont fuité et sont tombés entre les mains des services de sécurité. Instruction a été donnée à la gendarmerie de sécuriser le lieu qui était ciblé pour éviter l’irréparable. Ce qui a été fait avec diligence, mais cela n’a pas pour autant calmé les choses.

Depuis, c’est un échange quotidien de propos aigre-doux sur les réseaux sociaux. Soufis et salafistes se livrent à une guerre des mots, les uns plus offensants que les autres. C’est ce qui explique le communiqué du ministère appelant « au respect des convictions religieuses de tous nos concitoyens et à l’observation des principes qui fondent notre nation ». « Aussi l’État du Sénégal prendra-t-il toutes les mesures qui s’imposent pour, d’une part, faire respecter les lois et règlements en vigueur et d’autre part, préserver la paix et la concorde qui ont toujours régné entre nos communautés religieuses », prévient le premier policier du pays. Qui à travers cette sortie, remet les pendules à l’heure. Depuis quelque temps, on semble jouer avec le feu alors que des évènements similaires ont failli plonger le Sénégal dans le précipice. La répétition est pédagogique dit-on.

Ne faut-il donc pas rappeler aux uns et aux autres que c’est suite aux évènements de décembre 2011 à Diourbel que le Sénégal a connu des vagues de départs pour les zones de guerre, précisément en Libye et au Nigeria ? Après l’attaque de la maison et de la mosquée de l’Imam Ndour à Diourbel, de jeunes « Ibadou » ont décidé de former des comités de défense pour assurer la sécurité de leurs « cheikhs ». De cette stratégie, naîtra plus tard l’idée pour les durs de s’engager dans des groupes terroristes tels que Boko Haram ou la branche libyenne de l’État Islamique. Encouragés par des recruteurs comme Mouhamed Lamine Diop, Moussa Mbaye et Aboubacry Guèye, des dizaines de jeunes sénégalais ont pris le chemin de ce qu’ils considéraient comme une « hégire » pour fuir un pays où on leur niait le droit de vivre pleinement leur religion tel qu’ils l’entendent. Désabusés, certains membres du groupe parti au Nigeria ont repris le chemin du retour mais une fois au Sénégal, ils seront arrêtés et jugés pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste.

Plus radical, le groupe de Syrte qui était sous la houlette d’Abou Hamza Ndiaye et de Mouhamad Lamine Diop projetait de rentrer au Sénégal, pour disent-ils, imposer leur vision de l’Islam. Les débats d’audience qui ont rythmé le procès de l’Imam Alioune Ndao en 2018 ont mis en lumière les desseins de ces jeunes sénégalais contre leurs pays. Ils n’ont eu ni le temps encore moins l’opportunité de mettre à exécution ce sinistre plan. Ils devaient d’abord gagner la guerre contre les milices de Misrata qu’ils ont, sous la bannière de l’État Islamique, provoquées à l’entrée de cette ville, qui se trouve à l’Ouest de Syrte. De mai à décembre 2016, ils ont dû défendre cette ville et ses environs qu’ils avaient pris à d’autres milices islamistes locales en 2015. Syrte était la troisième capitale de l’État Islamique après Mossoul et Raqqa. Une lourde défaite leur est infligée et beaucoup de sénégalais y sont restés au grand bonheur de l’État laïc sénégalais.

Il ne fait aucun doute que les autorités suivaient de près ces « fous de Dieu » et avaient mis en place une stratégie pour déjouer toute tentative de déstabiliser le pays. Depuis, on n’entend plus parler de départ quoi que cela ne soit pas à exclure d’autant plus que la menace se rapproche de plus en plus. En effet, l’insurrection djihadiste dans le Sahel s’annonce aux portes du Sénégal avec l’avancée dangereuse de la Katiba du Macina vers l’Ouest du Mali. L’année dernière, des membres présumés d’une cellule de ce groupe, membre du GSIM ont été arrêtés à Kidira, non loin de la frontière avec le Mali. Il faut ajouter à cela la multiplication des opérations terroristes dans le sud-ouest du Mali, sur la RN3. Vaincu en Libye et en Syrie, l’État Islamique s’est redéployé en Afrique de l’Ouest et continue de s’installer dans le centre, en RDC et au Mozambique.

Mais cela n’est pas suffisant pour faire prendre conscience à certains du danger qui guette notre pays. Les derniers événements ont montré que le Sénégal avait beaucoup à faire avec les radicaux de l’intérieur, et ce quel que soit leur bord. C’est un impératif pour l’Etat qui est garant de la sécurité et de la préservation de la paix sociale.

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