Les acteurs de la microfinance se sont retrouvés ce jeudi à Dakar, à l’occasion de la 30e session thématique du Comité national de coordination (CMC) des activités de microfinance. Placée sous le thème « La microfinance face au défi de la mobilisation du financement durable », la rencontre a réuni des représentants de l’État, de la BCEAO, de l’APIM, des institutions de microfinance (IMF) ainsi que des partenaires techniques et financiers.
Au cœur des échanges : la nécessité de faciliter l’accès à des ressources adaptées, notamment à travers des lignes de crédit durables et des mécanismes de financement innovants.
Un secteur au poids économique important
La microfinance sénégalaise poursuit sa progression et occupe une place importante dans l’inclusion financière. Les interventions ont toutefois mis en évidence la nécessité pour les institutions de microfinance de diversifier leurs sources de financement et de mieux répondre aux nouvelles exigences liées au financement durable.
Prenant la parole, M. Amadou Diop, vice-président de l’APIM, a rappelé le poids du secteur dans l’économie nationale. Les institutions de microfinance accompagnent plusieurs millions de membres et de clients et contribuent au financement des activités génératrices de revenus, notamment au profit des petites entreprises, des producteurs, des commerçants et des populations disposant d’un accès limité aux circuits financiers classiques.
Selon les données évoquées au cours des échanges, le secteur comptait en 2025 plus de 4,7 millions de membres ou clients, avec un encours de crédit dépassant 850 milliards de francs CFA et des dépôts de l’ordre de 635 milliards de francs CFA.
Cette dynamique s’est poursuivie en 2026. Les données présentées font état de plus de 4,8 millions de membres, tandis que l’encours de crédit a atteint 887,4 milliards de francs CFA, avec une progression annoncée de 9,8 %. Les dépôts se situaient, quant à eux, autour de 641,8 milliards de francs CFA.
Lignes de crédit : un enjeu stratégique
Au-delà de la progression des chiffres, les participants ont insisté sur la nécessité de renforcer les capacités financières des IMF. L’accès à des ressources longues et adaptées demeure un enjeu important pour permettre aux institutions de proposer des produits de microcrédit davantage adaptés aux besoins des populations et des petites unités économiques.
La question des lignes de crédit, notamment des lignes de crédit vertes, apparaît ainsi comme une piste importante. Elles pourraient contribuer au financement d’activités ayant un impact positif sur l’environnement, tout en facilitant l’accès des petites entreprises et des producteurs à des ressources financières adaptées.
La mobilisation du financement durable suppose également une meilleure prise en compte des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), ainsi qu’un renforcement de la gestion des risques et de la qualité des portefeuilles.
La BCEAO met l’accent sur l’inclusion financière et la protection des clients
Représentant la BCEAO, Mme Ndeye Ami Ngom Seck, conseillère du directeur national de la BCEAO, a rappelé l’importance de poursuivre les efforts en matière d’inclusion financière, de supervision du secteur et de protection des consommateurs.
La transition vers une finance plus durable doit également s’accompagner d’un renforcement de la gouvernance et d’une meilleure maîtrise des risques, notamment ceux liés aux changements climatiques.
L’objectif est de permettre au secteur de la microfinance de rester un véritable levier d’inclusion financière tout en s’adaptant aux nouvelles exigences du système financier.
L’État mise sur la diversification des mécanismes de financement
Représentant le ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, M. Cheikh Diba, M. Amar Seck a mis en avant la nécessité de diversifier les mécanismes permettant de mobiliser les ressources au profit de l’économie.
Les discussions ont notamment porté sur les garanties, le refinancement, les mécanismes de cofinancement, les obligations à caractère durable et les dispositifs permettant d’orienter davantage de ressources vers les secteurs productifs.
Un accord de coopération financière de 20 millions d’euros, soit environ 13 milliards de francs CFA, conclu en juillet 2026 avec la coopération allemande, a également été évoqué comme une illustration de cette volonté de renforcer l’accès à des financements adaptés aux petites et moyennes entreprises, aux exploitations agricoles et aux organisations de producteurs.
La coopération allemande accompagne la transition vers une finance verte
Le représentant de la coopération allemande au Sénégal a, pour sa part, insisté sur l’importance de développer une finance davantage orientée vers les enjeux environnementaux et sociaux.
L’accent est notamment mis sur les critères ESG, le développement des crédits verts, les mécanismes de garantie et les dispositifs destinés à faciliter l’accès des acteurs économiques aux financements liés à la transition climatique.
Cette orientation vise à rapprocher les impératifs de financement des objectifs de développement durable, en permettant notamment aux petites entreprises et aux acteurs du monde rural d’accéder à des ressources adaptées.
Alioune Dione appelle à renforcer la coordination
Intervenant à son tour, Dr Alioune Dione, ministre de la Microfinance et de l’Économie sociale et solidaire, a insisté sur l’importance de la coordination entre les différents acteurs.
Pour le ministre, les initiatives des partenaires doivent s’inscrire dans une cohérence avec les politiques publiques et les priorités nationales. La microfinance doit notamment contribuer davantage au financement des secteurs productifs, parmi lesquels l’agriculture, la pêche, l’élevage, la transformation des produits locaux et les activités génératrices d’emplois.
Cette orientation vise à renforcer la contribution de la microfinance à la lutte contre la pauvreté, à la création d’emplois et au développement de l’économie sociale et solidaire.
Une nouvelle étape pour les institutions de microfinance
Au terme des échanges, un constat se dégage : le développement de la microfinance ne peut plus reposer uniquement sur les mécanismes traditionnels de financement. Les institutions de microfinance (IMF) sont appelées à diversifier leurs ressources, à renforcer leur gouvernance et à développer de nouveaux produits capables de répondre aux besoins d’une économie en transformation.
La 30e session thématique du CMC aura ainsi permis de remettre au centre des discussions la question de la mobilisation des financements durables, mais également celle de l’accès des populations et des petites unités économiques à des microcrédits et lignes de crédit adaptés.
À travers cette rencontre, l’État, l’APIM, la BCEAO, les IMF et les partenaires techniques et financiers ont réaffirmé la nécessité de poursuivre le dialogue afin de construire un écosystème de microfinance plus solide, plus inclusif et davantage tourné vers le financement durable.
Assane Diop, journaliste