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Afghanistan : des milliers de familles massées devant l’aéroport de Kaboul, l’Europe juge « impossible » d’évacuer tous les collaborateurs afghans pour le 31 août

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Six jours après la prise de pouvoir des talibans en Afghanistan, samedi 21 août, des milliers de familles afghanes se massaient encore devant l’aéroport de Kaboul avec l’espoir de monter par miracle dans un avion.

Devant elles, des militaires américains et une brigade des forces spéciales afghanes se tenaient aux aguets pour les dissuader d’envahir les lieux. Derrière eux, des talibans, accusés de restreindre l’accès à l’aéroport, observaient la scène.

La pression va crescendo pour obtenir les places restantes, alors que, selon un rapport d’un groupe d’experts travaillant pour l’Organisation des Nations unies (ONU), les talibans possèdent des « listes prioritaires » d’Afghans recherchés, les plus menacés étant les gradés de l’armée, de la police et du renseignement.

Le rapport, écrit par le Centre norvégien d’analyses globales que l’Agence France-Presse (AFP) a pu consulter, rapporte que les talibans effectuent des « visites ciblées » chez les personnes recherchées et leurs familles. Leurs points de contrôle filtrent aussi les Afghans dans les grandes villes et ceux souhaitant accéder à l’aéroport de Kaboul.

Nouvelle incarnation du désespoir, la vidéo d’un soldat américain soulevant un bébé par-dessus les barbelés surplombant l’aéroport a fait le tour du monde« Les parents ont demandé aux marines de s’occuper du bébé parce qu’il était malade », a expliqué John Kirby, le porte-parole du Pentagone. « C’était un acte de compassion », a-t-il ajouté, quelques jours après que des avions américains ont décollé malgré la présence d’Afghans dans leur train d’atterrissage, provoquant plusieurs chutes mortelles.

Un soldat américain prend en charge un enfant tendu par sa famille, à l’aéroport de Kaboul, vendredi 20 août. OMAR HAIDIRI / AFP

La gigantesque opération d’évacuation à Kaboul, qualifiée par Joe Biden de « l’une des plus difficiles de l’histoire », mobilise depuis une semaine, dans des conditions chaotiques, des avions du monde entier, pour évacuer par l’aéroport de la capitale afghane des diplomates, d’autres étrangers et des Afghans fuyant un pays tombé aux mains des talibans.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a samedi exhorté tous les pays, en premier lieu les pays européens, à accueillir une partie des réfugiés afghans exfiltrés de Kaboul et a assuré les Etats membres de l’Union européenne (UE) qui le feront du soutien financier de l’Europe. On ignore à ce jour combien de pays membres de l’UE se sont engagés à accueillir sur leur sol des réfugiés afghans et si certains gouvernements ont refusé.

Une photographie diffusée par l’armée américaine montre un soldat surveillant la zone d’embarquement aux avions militaires de l’aéroport de Kaboul, vendredi 20 août. TAYLOR CRUL / AFP

Les Etats-Unis, qui prévoient d’évacuer plus de 30 000 Américains et civils afghans via leurs bases au Koweït et au Qatar, affirment avoir déjà fait sortir plus de 17 000 personnes depuis le 14 août. L’armée américaine a aussi déployé, vendredi, trois hélicoptères pour évacuer 169 Américains d’un hôtel non loin de l’aéroport.

C’est la première fois que l’armée américaine fait montre de sa capacité à quitter l’enceinte sécurisée de l’aéroport pour venir en aide à des personnes souhaitant quitter le pays. Le groupe prévoyait de se rendre à pied jusqu’à l’aéroport mais une foule en bloquait l’accès. Dans un bulletin diffusé par l’ambassade des Etats-Unis, samedi, consigne a été passée aux ressortissants américains « d’éviter de se déplacer vers l’aéroport » en raison de « potentielles menaces de sécurité » à l’extérieur du site, qui ne sont pas détaillées. Seules les personnes ayant reçu des « instructions individuelles d’un représentant du gouvernement » sont invitées à le faire. Le porte-parole du Pentagone, John Kirby, a refusé de donner des précisions sur la nature de ces menaces, mais a précisé qu’elles pouvaient évoluer « d’une heure à l’autre »« Nous continuons d’avoir des communications régulières avec les dirigeants talibans à Kaboul, notamment ceux en charge des points de passage à l’aéroport », a-t-il ajouté.

Une photographie diffusée par l’armée américaine montre les soldats sécurisant les accès à l’aéroport de Kaboul, vendredi 20 août. NICHOLAS GUEVARA / AFP / US MARINE CORPS

L’Allemagne, qui a déjà mis en sécurité 1 600 personnes, prévoit aussi de déployer deux hélicoptères pour sécuriser les évacuations, voire venir en aide à des personnes dans des « situations dangereuses » ou des endroits éloignés. Un civil allemand a été blessé par balle alors qu’il se rendait à l’aéroport, mais sa vie n’est pas en danger.

Un millier d’Afghans ont été évacués vers Italie ces cinq derniers jours, ou sont en voie de l’être, en attente à l’aéroport, a précisé samedi le ministère de la défense italien. Le gouvernement britannique a pour sa part déclaré avoir fait évacuer 1 615 personnes, dont 399 Britanniques, 320 membres du personnel diplomatique et 402 Afghans.

Des familles afghanes attendent d’embarquer dans un avion de l’armée américaine depuis le secteur militaire de l’aéroport de Kaboul, vendredi 20 août 2021. WAKIL KOHSAR / AFP

Efforts aussi menés par la France : un quatrième avion de personnes exfiltrées de Kaboul s’est posé vendredi soir à Paris, avec à son bord une centaine de personnes, dont 99 Afghans. La France a jusqu’à présent évacué environ 400 Afghans.

La Roumanie, elle, a mis à l’abri plus de 260 personnes, quand l’Espagne a de son côté évacué 158 Afghans, dont la majeure partie est arrivée vendredi soir. L’Autriche, qui n’a pas de moyens d’évacuation propres, a réussi à faire sortir deux ressortissants, mais 85 autres Autrichiens et Afghans résidant en Autriche et cherchant à s’échapper restent bloqués.

Samedi soir, le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a jugé « impossible » d’évacuer tous les collaborateurs afghans pour le 31 août et a déploré que les mesures de sécurité prises par les Etats-Unis à l’aéroport de Kaboul entravent cette évacuation. « Le problème est l’accès à l’aéroport. Les mesures de contrôle et de sécurité des Américains sont très fortes. Nous nous sommes plaints. Nous leur avons demandé de montrer plus de flexibilité. Nous n’arrivons pas à faire passer nos collaborateurs », a-t-il confié lors d’un entretien avec l’Agence France-Presse.

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