Rapport ITIE 2024 : le secteur extractif sénégalais franchit un cap historique de transparence et de revenus
Pétrole, gaz et mines : 455,99 milliards FCFA de revenus déclarés en 2024, une année charnière pour la gouvernance extractive au Sénégal.
Le Rapport ITIE 2024, rendu public à Dakar, dresse un panorama inédit et détaillé des revenus générés par le secteur extractif sénégalais. Avec 455,99 milliards FCFA de recettes totales, une entrée effective du Sénégal dans l’ère pétrolière et gazière, et une consolidation du secteur minier, le document confirme la montée en puissance du pays tout en posant les bases d’une gouvernance fondée sur la transparence, la redevabilité et la participation citoyenne.
Une année historique pour les hydrocarbures sénégalais
L’année 2024 restera une année de référence dans l’histoire énergétique du Sénégal. Selon le Rapport ITIE 2024, le pays a produit 16,9 millions de barils de pétrole, dont 14,2 millions exportés, pour une valeur estimée à 641,7 milliards FCFA. Les exportations ont principalement ciblé les Pays-Bas, l’Italie, la Chine, l’Espagne et les États-Unis, marquant l’intégration effective du Sénégal sur le marché mondial des hydrocarbures.
Du côté du gaz naturel, la production s’est élevée à 2,77 millions de Nm³, entièrement vendue sur le marché local, pour une valeur estimée à 458,33 millions FCFA. Ce choix stratégique traduit la volonté des autorités de privilégier l’approvisionnement domestique et de soutenir la transition énergétique nationale.
Le secteur minier demeure le principal pourvoyeur de revenus
Malgré l’essor des hydrocarbures, le secteur minier reste le pilier financier du secteur extractif. En 2024, il a généré 369,68 milliards FCFA, soit 81,07 % des revenus extractifs, contre 77,70 milliards FCFA pour les hydrocarbures (17,04 %).
Les paiements totaux du secteur extractif, hors contributions sociales et environnementales, s’élèvent ainsi à 447,38 milliards FCFA, confirmant la solidité de la contribution minière à l’économie nationale.
Paiements sociaux et environnementaux : une contribution encore marginale
Le Rapport ITIE 2024 met également en lumière les paiements sociaux et environnementaux, qui totalisent 8,61 milliards FCFA, représentant 1,89 % des revenus globaux.
Dans le détail :
Paiements sociaux : 6,66 milliards FCFA
dont 5,03 milliards FCFA pour le secteur minier
et 1,63 milliard FCFA pour les hydrocarbures
Paiements environnementaux : 1,95 milliard FCFA
Ces chiffres soulignent la nécessité de renforcer les mécanismes de redistribution locale, notamment au profit des communautés impactées par l’exploitation des ressources naturelles.
Une croissance continue depuis 2019
L’analyse de l’évolution des revenus sur la période 2019–2024 révèle une progression soutenue. Les revenus extractifs sont passés de 154,75 milliards FCFA en 2019 à 447,38 milliards FCFA en 2024, soit une augmentation de près de 190 % en cinq ans.
En 2024, la croissance annuelle s’établit à 23 %, portée essentiellement par :
l’augmentation des revenus miniers,
l’entrée progressive des sociétés pétrolières dans la phase de production,
et l’amélioration des mécanismes de collecte et de déclaration.
Un outil stratégique pour la décision publique et citoyenne
Au-delà des chiffres, le Rapport ITIE 2024 se positionne comme un outil d’aide à la décision pour les pouvoirs publics et comme un instrument de contrôle citoyen. Il vise à corriger la symétrie de l’information, longtemps perçue comme un obstacle à la bonne gouvernance du secteur extractif.
Le document insiste sur la nécessité :
d’améliorer la gouvernance des entreprises publiques,
de rendre pleinement opérationnels les fonds miniers et pétroliers,
et d’associer davantage les communautés locales aux décisions.
Vers un modèle sénégalais de gouvernance extractive
À travers ce rapport, le Sénégal confirme son ambition de demeurer un modèle africain de transparence dans la gestion des ressources naturelles. La publication régulière et détaillée des données, conforme aux standards internationaux de l’ITIE, constitue un levier essentiel pour renforcer la confiance entre l’État, les entreprises et les citoyens.
Le Rapport ITIE 2024 ouvre ainsi la voie à une réflexion plus large sur la transformation durable des ressources naturelles en richesse partagée, condition indispensable pour faire des mines, du pétrole et du gaz de véritables moteurs de développement économique et social.
Assane Diop