Journées de l’Huile d’Olive Tunisienne au Sénégal : Dakar et Tunis veulent accélérer leur coopération économique
Une première édition placée sous le signe de la ZLECAf, du partenariat public-privé et de la création de nouvelles chaînes de valeur africaines.
Les Journées de l’Huile d’Olive Tunisienne au Sénégal ont officiellement démarré ce mercredi 7 octobre 2026 à Dakar. Organisée autour de rencontres institutionnelles, de panels, de rendez-vous B2B, de séances de networking et de visites professionnelles, cette initiative entend rapprocher les opérateurs économiques tunisiens et sénégalais et favoriser de nouveaux partenariats dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
La cérémonie d’ouverture a été marquée par plusieurs interventions de haut niveau, notamment celles de M. Rachid Saïdani, ambassadeur de Tunisie au Sénégal, de Mme Amal Mguirbi, cheffe de la composante d’appui à la ZLECAf de la GIZ en Tunisie, de M. Mohamed Seck, vice-président de la CNES, et de M. Mourad Ben Hassine, président-directeur général du CEPEX. Le ministère sénégalais de l’Industrie et du Commerce était également représenté par son secrétaire général, M. Seydina Aboubacar Sadikh Ndiaye.
Rachid Saïdani : « Une rencontre qui dépasse largement le cadre d’une mission économique »
Prenant la parole à l’ouverture, M. Rachid Saïdani, ambassadeur de Tunisie au Sénégal, a exprimé sa satisfaction de présider cette première édition consacrée à l’huile d’olive tunisienne au Sénégal.
Le diplomate a présenté l’initiative comme le fruit d’une collaboration entre le ministère tunisien du Commerce et du Développement des exportations, le CEPEX, l’ambassade de Tunisie à Dakar et les partenaires accompagnant le projet, notamment la GIZ.
Pour lui, cette rencontre ne se limite pas à la promotion d’un produit. Elle traduit surtout la volonté de consolider une coopération économique fondée sur la confiance, la solidarité, l’innovation et le partage de valeur.
L’ambassadeur a insisté sur la nécessité de lever les obstacles qui continuent de freiner le commerce intra-africain, notamment les barrières sanitaires, non tarifaires et les difficultés logistiques.
Il a également salué la présence d’une délégation tunisienne composée de dix entreprises, venues non seulement présenter leurs produits, mais surtout rechercher des partenaires sénégalais, développer des alliances stratégiques, explorer des investissements conjoints et construire des relations commerciales durables.
Seydina Aboubacar Sadikh Ndiaye : miser sur la complémentarité entre les deux économies
Au nom du ministre sénégalais de l’Industrie et du Commerce, le secrétaire général Seydina Aboubacar Sadikh Ndiaye a présidé la cérémonie officielle d’ouverture.
Dans son intervention, il a souligné que les Journées de l’Huile d’Olive Tunisienne vont au-delà de la célébration d’un produit emblématique.
Il a insisté sur la nécessité de construire une coopération économique permettant aux deux pays de mieux tirer profit de la dynamique de la ZLECAf.
Selon lui, la complémentarité est un élément central : le Sénégal dispose d’un marché, d’un potentiel de transformation locale et d’une position stratégique en Afrique de l’Ouest, tandis que la Tunisie possède une expertise industrielle et un savoir-faire reconnu notamment dans le domaine du conditionnement.
Il a souhaité que les trois jours de rencontres débouchent sur des contrats, des transferts de technologie et la création de chaînes de valeur communes.
Il a également salué l’implication des structures sénégalaises mobilisées autour de cette initiative, notamment les acteurs chargés de la promotion des exportations, de l’investissement et de la filière agricole et agroalimentaire.
Amal Mguirbi, GIZ : « La ZLECAf est devenue une réalité concrète et opérationnelle »
Représentant la GIZ, Mme Amal Mguirbi, cheffe de la composante d’appui à la ZLECAf en Tunisie, a rappelé l’engagement de la coopération allemande dans l’accompagnement de la Tunisie sur les questions liées à l’intégration commerciale africaine.
Elle a expliqué que la coopération technique avec le ministère tunisien du Commerce et du Développement des exportations remonte à 2019, avec notamment des actions de formation et de renforcement de capacités autour des négociations de la ZLECAf.
Depuis, a-t-elle souligné, une dynamique importante s’est développée.
Pour la représentante de la GIZ, l’enjeu consiste désormais à faire vivre concrètement l’accord continental en favorisant les échanges entre entreprises africaines et en développant des chaînes de valeur régionales.
L’objectif est notamment de permettre à l’Afrique de conserver davantage de valeur ajoutée sur son propre territoire, au lieu de se limiter à l’exportation de matières premières.
La mission commerciale autour de l’huile d’olive tunisienne s’inscrit précisément dans cette perspective : transformer les opportunités offertes par la ZLECAf en relations commerciales et industrielles concrètes.
Mohamed Seck, vice-président de la CNES : passer du simple commerce au véritable partenariat
Au nom du patronat sénégalais, M. Mohamed Seck, vice-président de la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (CNES), a salué une initiative destinée à rapprocher davantage les milieux d’affaires des deux pays.
Il a insisté sur la qualité de l’huile d’olive tunisienne, mais surtout sur la nécessité de dépasser la simple logique d’importation et d’exportation.
« Nous devons passer progressivement du simple échange commercial au véritable partenariat économique », a-t-il souligné.
Dans cette perspective, il a cité plusieurs domaines de coopération : distribution, transformation, investissement, transfert de savoir-faire, création de joint-ventures et développement de marchés régionaux.
Le vice-président de la CNES a également rappelé que le Sénégal constitue une porte d’entrée stratégique vers l’Afrique de l’Ouest, tandis que la Tunisie dispose d’une expertise industrielle et technologique susceptible de trouver de nouveaux débouchés sur les marchés africains.
Il a souhaité que les rencontres débouchent sur des contacts, des contrats et des partenariats concrets.
Mourad Ben Hassine, CEPEX : conquérir davantage le marché africain
M. Mourad Ben Hassine, président-directeur général du CEPEX, a présenté les ambitions tunisiennes pour la filière oléicole.
Son intervention a notamment porté sur la volonté de faire de l’huile d’olive tunisienne un produit davantage présent sur les marchés africains.
La Tunisie dispose, selon les données présentées lors de la rencontre, d’un important patrimoine oléicole et d’une filière structurée qui représente un secteur majeur de son économie agricole.
Mourad Ben Hassine a particulièrement insisté sur la montée en puissance des exportations tunisiennes et sur l’évolution vers davantage de produits conditionnés et à forte valeur ajoutée.
Il a également relevé un paradoxe : alors que la Tunisie est un acteur majeur de l’huile d’olive au niveau mondial, la part de l’Afrique dans ses exportations reste encore limitée.
Cette situation représente, selon le CEPEX, une opportunité considérable.
Le Sénégal est ainsi identifié comme un partenaire privilégié et une porte d’entrée stratégique vers l’Afrique de l’Ouest.
Une nouvelle stratégie : transformer, conditionner et créer davantage de valeur en Afrique
L’un des principaux messages ressortant de cette cérémonie concerne la transformation du modèle commercial.
La Tunisie souhaite renforcer ses exportations de produits finis et conditionnés et développer des partenariats avec les entreprises africaines.
Pour les acteurs présents à Dakar, le potentiel ne réside donc pas uniquement dans la vente de bouteilles d’huile d’olive tunisienne sur le marché sénégalais.
Il s’agit également d’explorer des possibilités de transformation locale, de conditionnement, de distribution, de transfert de technologie, de formation et d’investissement conjoint.
Trois jours de rencontres pour concrétiser les opportunités
Les Journées de l’Huile d’Olive Tunisienne au Sénégal se poursuivent durant trois jours avec plusieurs activités : tables rondes, rencontres B2B, cooking shows, networking, visites professionnelles et échanges entre opérateurs économiques.
Cette première édition constitue ainsi un espace de dialogue entre les secteurs public et privé des deux pays.
Au-delà de l’huile d’olive, les discussions ouvrent la voie à une coopération plus large autour de l’agroalimentaire, de l’industrie, du conditionnement, de la logistique et des investissements.
Avec l’appui de la GIZ et l’accompagnement des institutions tunisiennes et sénégalaises, Dakar et Tunis entendent ainsi donner un contenu plus concret à la ZLECAf et encourager l’émergence de chaînes de valeur africaines capables de créer davantage de richesse et d’emplois sur le continent.
Assane Diop