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[Focus] Séparation des pouvoirs, concept importé… : Radiographie de la démocratie sénégalaise

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Une journée intense de réflexion qui a exploré les aspirations démocratiques et les réalités politiques du Sénégal a eu lieu ce mercredi 29 novembre à l’initiative du groupe Ejicom.

 

Un débat contemporain d’une grande envergure s’est déroulé au sein de l’Harmattan, rassemblant des personnalités éminentes issues du monde universitaire, du secteur juridique, de la recherche, de la communication et des médias sénégalais. L’événement a été marqué par des discussions approfondies sur les aspirations démocratiques et les réalités politiques du Sénégal. La journée, placée sous le thème « Sénégal : État de droit, démocratie et liberté publique », a débuté avec une leçon magistrale du Professeur Chérif Saliou Sy, offrant ainsi un éclairage significatif sur les complexités entourant ces concepts fondamentaux.

 

Dans son discours, le Professeur Sy a mis en lumière la complexité intrinsèque des concepts fondamentaux associés à la démocratie. Il a judicieusement exploré la multitude d’interprétations de ce pilier essentiel tout en exposant sa propre perspective. Selon lui, la crise démocratique en Afrique revêt une nature multidimensionnelle, étroitement entrelacée avec le déracinement des sociétés africaines au profit des préceptes occidentaux.

Avec une conviction manifeste, le Professeur a fait savoir que la démocratie ne constitue pas uniquement une exigence en soi, mais également un moyen par lequel les classes populaires peuvent faire valoir leurs revendications légitimes. Il a ainsi posé la démocratie comme un instrument essentiel au service de l’expression des aspirations et des droits des citoyens, dépassant ainsi le simple cadre théorique pour la placer au cœur des dynamiques sociales et politiques en Afrique.

 

L’économiste a entrepris une analyse de la crise actuelle de la démocratisation occidentale, en se référant de manière particulière à des événements significatifs tels que l’assaut sur le Capitole en janvier 2021. Dans son exposé, il a brossé le tableau des défis auxquels la démocratie est confrontée en martelant que le Sénégal devrait établir son propre modèle. « Je crois qu’il faut que l’on sorte de cette détermination par l’extérieur et qu’on se reconstruise par nous même et pour nous même, le futur que nous souhaitons ». a-t-il lancé.

 

Sénégal : L’espace politique en crise

 

Le premier panel de cette journée de réflexion s’est immergé dans les arcanes de la scène politique sénégalaise, dévoilant les sinuosités de son histoire marquée par des épisodes de violence politique. L’interrogation centrale portait sur la corrélation entre le développement démocratique et l’absence de la violence dans le contexte sénégalais.

Hamidou Samba Ba, doctorant en sciences politiques affilié à l’université de Saint-Louis, a mis en lumière deux aspects qui émaillent la trame de la démocratie sénégalaise. Tout d’abord, il est revenu sur la mise en question du concept de démocratie au Sénégal, révélant une « violence structurelle » profondément enracinée dans l’histoire du pays. En appuyant ses dires sur des faits historiques tangibles, il a esquissé un constat critique de cette réalité préoccupante. Parallèlement, le chercheur a évoqué le déficit manifeste de pluralisme des idées, mettant le doigt sur une lacune fondamentale dans le paysage politique sénégalais. L’absence d’une diversité d’opinions et de perspectives a été identifiée comme une entrave significative à l’épanouissement démocratique du pays.

 

Dans la continuité des échanges, Fatou Bintou Niang a consacré son attention à l’examen du financement des partis politiques au Sénégal. Elle a mis en exergue le vide juridique entourant cette question. Pour illustrer son propos, elle s’est appuyée sur la suspension de la campagne de collecte de fonds du désormais ex-Pastef par le ministère de l’Intérieur. À cette époque, cette mesure avait été qualifiée de « subside de l’étranger ». Fatou Bintou Niang a insisté sur la nécessité d’examiner cette loi en arguant le fait qu’elle peut être un frein pour la diaspora sénégalaise dans sa volonté de participer à la vie politique nationale.

 

 

 

Le deuxième panel s’est penché sur la question de la séparation des pouvoirs au Sénégal avec un point d’orgue sur la réalité de ce dualisme dans le domaine judiciaire et législatif.

Senghane Senghor, représentant de Raddho, a rappelé les trois pouvoirs au Sénégal (législatif, judiciaire et exécutif) en insistant sur leur indépendance qui est assurée par les textes. Il a exposé les contours de l’inamovibilité des juges, indiquant toutefois deux moyens par lesquels l’exécutif contourne cette protection : « Très souvent, beaucoup de magistrat sont nommés à des postes où en réalité ils ne devraient pas être si on se fie à leur grade et ils perdent du coup le bénéfice de l’inamovibilité. Et c’est ce qui permet au pouvoir exécutif de s’immiscer dans ce que fait le pouvoir judiciaire ».

 

L’acteur de la société civile a également mis le curseur sur les contraintes morales auxquelles les magistrats du parquet sont soumis, illustrant comment la menace de déplacement vers des postes moins prestigieux incite à une complaisance potentielle. « Au Sénégal, les magistrats du parquet peuvent être déplacés à tout moment par la chancellerie (ministère de la justice). Parce que si on vous demande de faire quelque chose et que vous refusez, demain, vous pouvez ne pas être à votre place. On peut vous déplacer vers Tambacounda, Kédougou… Ça, c’est une contrainte morale. Une autre contrainte morale a été ajoutée à leur texte. Quand vous êtes un magistrat nommé dans un poste de responsabilité (1er président, procureur général…) si l’âge de la retraite, 65 ans, vous trouve à ce poste, on vous prolonge automatiquement à 68 ans », a-t-il déclaré. Il ajoute : « Là où intervient la contrainte morale, c’est que si entre temps, on vous déplace d’un poste de responsabilité vers un poste inférieur vous prenez vos bagages et vous allez directement à la retraite. Ici, nos anciens ont la phobie de la retraite».

 

Pr Sylla Sow, chercheur associé à l’ONG Article 19, a complété le panel en se penchant sur la séparation du pouvoir législatif. Il a exhorté les députés à se défaire de leurs intérêts personnels au profit du service du peuple. « Être parlementaire est un travail sérieux, ça consiste à étudier une loi », a-t-il dit.

 

Sa plaidoirie pour une approche éthique de la fonction parlementaire s’est inscrite dans une perspective de renforcement des institutions démocratiques, appelant les représentants du peuple à œuvrer dans l’intérêt général plutôt que de céder aux tentations égocentriques.

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