Énergies renouvelables : l’ANER dévoile une feuille de route pour accélérer la solarisation des forages ruraux au Sénégal
L’Agence nationale pour les énergies renouvelables (ANER) a organisé, ce jeudi 9 juillet 2026 à Dakar, un atelier de restitution de l’étude sur le pompage solaire et la solarisation des forages ruraux. Réalisée avec l’appui technique et financier du programme EnDev/GIZ, cette étude met en évidence le fort potentiel économique, social et environnemental de la transition vers l’énergie solaire pour améliorer durablement l’accès à l’eau et soutenir le développement agricole.
Réunis autour de l’ANER, les représentants du ministère de l’Énergie, de l’Office des Forages Ruraux (OFOR), de la SAED, de la SODAGRI, des collectivités territoriales, du secteur privé et des partenaires techniques et financiers ont examiné les résultats d’une étude destinée à harmoniser les référentiels techniques et les modèles économiques pour la solarisation des forages ruraux et des systèmes de pompage communautaires.
Représentant le ministère de l’Énergie, Dr El Hadji Ndiaye a souligné que le pompage solaire constitue une réponse concrète aux défis de l’accès à l’eau, de la maîtrise des coûts d’exploitation et de la transition énergétique. Selon lui, cette étude doit permettre de lever les obstacles liés aux normes techniques, à la maintenance et aux mécanismes de financement afin d’accélérer les investissements dans le secteur.
Le consultant Bocar Sy, chargé de conduire l’étude, a expliqué que ce travail vise à doter le Sénégal d’un référentiel technique harmonisé et de modèles économiques fiables capables de sécuriser les investissements futurs dans les projets communautaires de pompage solaire. Il a salué la contribution des administrations publiques, des collectivités territoriales, des opérateurs privés et des partenaires institutionnels ayant participé aux travaux.
Dans son discours d’ouverture, le Directeur général de l’ANER, Pr Diouma Kobor, a rappelé que l’accès à l’eau et à une énergie propre constitue un levier essentiel du développement durable. Il a insisté sur le fait que cette étude s’inscrit pleinement dans les orientations de la Vision Sénégal 2050 et du Plan stratégique de développement de l’ANER.
Le Directeur général a révélé que l’enquête nationale réalisée dans le cadre de cette étude a couvert 947 forages répartis dans les 14 régions du Sénégal, touchant 624 localités et plus de 6,1 millions de personnes.
Les analyses ont permis d’identifier 643 forages immédiatement éligibles à la solarisation. Selon les projections, près de 5 MW de puissance photovoltaïque pourraient être installés, avec un taux de couverture solaire supérieur à 95 %.
Les bénéfices économiques apparaissent particulièrement importants. Pour un investissement estimé à 3,95 milliards de FCFA, les exploitants pourraient réaliser 1,44 milliard de FCFA d’économies par an, grâce à une réduction des coûts énergétiques de plus de 70 %. Le coût de production de l’eau tomberait ainsi à environ 20 FCFA par m³, contre des niveaux nettement plus élevés avec les systèmes fonctionnant aux combustibles fossiles.
Sur le plan environnemental, la solarisation des forages permettrait d’éviter chaque année plus de 4 630 tonnes de CO₂, tout en réduisant fortement la dépendance aux groupes électrogènes alimentés au carburant.
L’étude met également en évidence un important potentiel agricole. Elle identifie 82 périmètres irrigués prioritaires, couvrant plus de 11 200 hectares, où près de 8,8 MW de capacité solaire pourraient être installés. Cette transition permettrait de générer environ 2,65 milliards de FCFA d’économies annuelles tout en réduisant significativement les émissions de gaz à effet de serre.
Au-delà des résultats techniques, le projet a également permis de renforcer les compétences nationales avec la mobilisation de 45 étudiants stagiaires déployés sur l’ensemble du territoire pour la collecte des données, sous la supervision des équipes techniques de l’ANER.
Pour le Pr Diouma Kobor, l’enjeu est désormais de passer de l’étude à l’action. Il a appelé à mobiliser les financements publics, privés et climatiques, à renforcer les capacités des acteurs et à faire de la solarisation des forages ruraux et des systèmes de pompage agricoles une réalité à l’échelle nationale.
« La transition énergétique n’est plus une option. Elle est une nécessité économique, sociale et environnementale. Investir dans l’énergie solaire au service de l’eau et de l’agriculture, c’est investir dans la souveraineté alimentaire, la création d’emplois pour notre jeunesse, la résilience des territoires et le développement durable du Sénégal », a conclu le Directeur général de l’ANER, avant de déclarer officiellement ouverts les travaux de l’atelier.
Assane Diop