Électricité au Sénégal : le Compact Sénégal–États-Unis entre dans sa phase finale, avec des acquis majeurs à pérenniser
Réunis le 22 octobre 2026 à l’hôtel Noom de Dakar, les acteurs du secteur de l’électricité ont pris part à la quatrième et dernière revue de la Feuille de route Électricité 2035 sous l’ère du Compact Sénégal–États-Unis. À environ cinq mois de la fin de sa mise en œuvre opérationnelle, le programme, évalué à 375 milliards de FCFA dans les déclarations du directeur général de MCA-Sénégal II, affiche des avancées significatives dans la modernisation du réseau de transport, l’électrification rurale et la réforme institutionnelle. L’enjeu est désormais de consolider les acquis pour améliorer durablement la qualité du service, maîtriser les coûts de l’électricité et renforcer la compétitivité de l’économie sénégalaise.

Le Sénégal franchit une étape importante dans la transformation de son secteur électrique. La quatrième édition de l’atelier de revue de la Feuille de route Électricité 2035 a permis de dresser le bilan des réformes engagées dans le cadre du Compact conclu entre le gouvernement sénégalais et le gouvernement des États-Unis d’Amérique, avec l’appui du Millennium Challenge Corporation (MCC).
Cette rencontre a réuni les représentants des pouvoirs publics, les responsables de MCA-Sénégal II, les acteurs du secteur de l’énergie, les partenaires techniques et financiers ainsi que les parties prenantes concernées par l’accès à l’électricité. Les échanges ont notamment porté sur les résultats enregistrés, les défis restant à relever et les mécanismes nécessaires pour garantir la pérennité des investissements réalisés.
Un programme de 375 milliards de FCFA aux ambitions structurantes
Prenant la parole lors de cette rencontre, le directeur général de MCA-Sénégal II, Oumar Diop, a souligné l’importance des réalisations accomplies au cours de la mise en œuvre du Compact. Selon lui, le programme entre dans sa phase finale, avec une clôture opérationnelle prévue en 2027.
Le responsable a indiqué que le projet de modernisation et de renforcement du réseau de transport de Senelec devrait voir l’ensemble de ses infrastructures réceptionnées à la fin du mois de novembre 2026. Il a également annoncé que les travaux d’électrification des villages concernés par le projet Accès étaient achevés, sous réserve de quelques raccordements complémentaires.
Concernant le niveau d’exécution, les chiffres communiqués par le directeur général font état d’un taux d’avancement de 99 % pour le projet Transport, de 99 % pour le projet Accès et de 89 % pour le projet Réforme. La clôture du programme est annoncée pour mars 2027, tandis que les opérations de clôture globale de MCA-Sénégal II devraient se poursuivre jusqu’en juillet 2027.
Ces investissements s’inscrivent dans une démarche visant à renforcer les infrastructures électriques, à améliorer la desserte des populations et à créer un environnement plus favorable au développement économique.
La modernisation du réseau au cœur de la stratégie énergétique
Au-delà de l’augmentation des capacités de production, la modernisation du réseau de transport constitue un levier essentiel pour améliorer la performance du système électrique national.
Les investissements réalisés doivent notamment contribuer à renforcer la fiabilité du réseau, à améliorer l’acheminement de l’électricité et à limiter les pertes techniques. Ils visent également à accroître les capacités opérationnelles de Senelec, grâce à des outils modernes de gestion des actifs et de maintenance.
Parmi les dispositifs évoqués figurent la gestion de la maintenance assistée par ordinateur, le développement des systèmes d’information géographique et la mise en place d’un guichet unique. La planification intégrée à moindre coût constitue également un outil important pour mieux anticiper les besoins futurs et orienter les investissements.
Pour Oumar Diop, les effets de ces améliorations devraient se ressentir progressivement sur l’ensemble de l’économie. Leur impact sur le coût de l’électricité dépendra toutefois de plusieurs facteurs, notamment de l’évolution des coûts des combustibles, des conditions de production et de l’efficacité de l’exploitation des infrastructures.
La modernisation du réseau ne constitue donc pas, à elle seule, une garantie de baisse immédiate des tarifs. Elle représente néanmoins une condition importante pour améliorer l’efficacité globale du système électrique.
Des réformes institutionnelles pour mieux réguler le secteur
Le troisième volet du Compact concerne la réforme du cadre juridique, institutionnel et réglementaire de l’électricité.
Intervenant au cours de l’atelier, la secrétaire permanente au ministère de l’Énergie et du Pétrole, Oumy Khairy Diop Diao, a rappelé que la Feuille de route Électricité 2035 vise à améliorer la gouvernance du secteur, à renforcer la régulation et à favoriser un accès plus large des populations à l’énergie.
Elle a notamment mis en avant les évolutions du cadre légal, avec l’adoption du Code de l’électricité de 2021 et le renforcement des missions de la Commission de régulation du secteur de l’énergie (CRSE).
Ces réformes doivent permettre de mieux encadrer les activités des opérateurs, de renforcer la transparence et d’améliorer la protection des consommateurs. Elles visent également à créer des conditions plus favorables à la participation du secteur privé et à la mobilisation de nouveaux investissements.
L’introduction de l’accès des tiers au réseau constitue, dans cette perspective, une évolution importante. Elle doit permettre aux acteurs éligibles d’accéder au réseau de transport dans les conditions réglementaires prévues, tout en contribuant à améliorer l’organisation et la performance du secteur.
Pour les entreprises et les investisseurs, l’objectif est de disposer d’un environnement énergétique plus fiable et plus prévisible, susceptible de soutenir les activités industrielles, commerciales et productives.
L’électrification rurale, une priorité sociale et économique
L’accès universel à l’électricité demeure l’un des objectifs majeurs de la politique énergétique du Sénégal. Le Compact a ainsi consacré un volet spécifique à l’électrification des zones rurales et périurbaines, où les besoins restent particulièrement importants.
Selon le directeur général de MCA-Sénégal II, les villages ciblés par le projet Accès ont tous bénéficié des travaux prévus, même si certains raccordements restent à finaliser.
Le programme comprend également des mesures d’accompagnement destinées aux ménages vulnérables. Oumar Diop a notamment évoqué la prise en charge gratuite du raccordement de plus de 6 000 ménages, ainsi que l’accès à des équipements productifs pour certaines populations défavorisées.
Ces interventions sont particulièrement importantes dans les zones où la pauvreté est élevée, notamment dans certaines localités du centre et du sud du pays.
L’accès à une électricité fiable peut favoriser le développement de petites activités économiques, améliorer les conditions de conservation des produits agricoles et alimentaires, soutenir l’artisanat et contribuer à la création d’emplois. Il peut aussi renforcer les conditions d’apprentissage dans les établissements scolaires et faciliter l’accès à certains services essentiels.
L’électrification rurale doit ainsi être considérée non seulement comme un investissement dans les infrastructures, mais également comme un levier de réduction des inégalités territoriales.
Les États-Unis réaffirment leur engagement aux côtés du Sénégal
La représentation diplomatique américaine a également salué les avancées enregistrées dans le cadre de ce partenariat bilatéral.
Jennifer Davis Paguada, chargée d’affaires de l’ambassade des États-Unis au Sénégal, a souligné l’importance du Compact pour la modernisation du secteur électrique et le développement économique du pays.
Elle a présenté le programme comme un exemple concret de la coopération entre les deux pays, engagés depuis plusieurs décennies dans une relation bilatérale qu’ils souhaitent consolider.
Pour la partie américaine, l’amélioration de la fiabilité et de l’accessibilité de l’électricité doit contribuer à attirer davantage d’investissements et à ouvrir de nouvelles perspectives aux jeunes Sénégalais.
Cette coopération s’inscrit dans une logique de soutien aux infrastructures et de renforcement des capacités, avec l’ambition de créer des conditions favorables à une croissance économique plus inclusive.
Pérenniser les acquis au-delà du Compact
À l’approche de la clôture du programme, la question de la durabilité des investissements s’impose comme un enjeu central.
Les responsables ont insisté sur la nécessité de garantir l’entretien des équipements, la maintenance des infrastructures et l’appropriation des outils par les institutions sénégalaises. Senelec, la CRSE, l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER) et les structures concernées devront poursuivre les efforts engagés afin que les résultats obtenus ne soient pas compromis après le départ des équipes du programme.
La réussite de cette transition dépendra notamment des ressources consacrées à la maintenance, de la disponibilité des compétences nationales et de la capacité des institutions à intégrer durablement les nouveaux outils dans leurs pratiques quotidiennes.
La revue a ainsi permis de mettre en lumière un principe essentiel : la réussite d’un programme d’investissement ne se mesure pas uniquement au nombre d’infrastructures réalisées, mais également à la capacité des institutions à les exploiter efficacement sur le long terme.
Électricité 2035 : des ambitions qui dépassent les infrastructures
La Feuille de route Électricité 2035 fixe des objectifs ambitieux pour le Sénégal. Elle vise notamment une capacité de production de 3 000 MW et l’accès universel à l’électricité à l’horizon 2035, avec une combinaison de raccordements au réseau et de solutions hors réseau.
Elle prévoit également une meilleure valorisation des ressources énergétiques nationales, une planification intégrée à moindre coût, une participation accrue du secteur privé et un renforcement de la gouvernance.
Ces ambitions sont étroitement liées aux objectifs de transformation économique du pays. Une énergie disponible, fiable et accessible constitue un facteur déterminant pour la compétitivité des entreprises, le développement industriel, la création d’emplois et l’amélioration des conditions de vie des populations.
La quatrième revue de la Feuille de route Électricité 2035 apparaît donc comme une étape de bilan, mais aussi comme un moment de préparation de l’après-Compact. Les recommandations issues des travaux doivent permettre d’actualiser le plan d’action, de répondre aux difficultés encore identifiées et de consolider les réformes.
Au terme de cette phase de coopération, le défi pour le Sénégal sera de transformer les investissements réalisés en bénéfices durables pour les ménages, les entreprises et les territoires. La véritable mesure de cette transformation sera, à terme, la qualité du service électrique, l’amélioration de son accessibilité et la capacité du secteur à accompagner les ambitions économiques et sociales du pays.
Assane Diop