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Crise sociétale au Sénégal : l’Académie nationale des sciences appelle à une refondation des valeurs, du civisme et du vivre-ensemble

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Réunis le 11 juin 2026 à l’hôtel Azalaï de Dakar autour d’un atelier national de restitution et de partage sur la crise sociétale au Sénégal, chercheurs, universitaires, responsables institutionnels, acteurs communautaires et membres de la société civile ont posé un diagnostic sans complaisance sur les mutations profondes qui traversent le pays. À travers les interventions du président de l’Académie nationale des sciences et techniques du Sénégal (ANSTS), Dr Moctar Touré, du président de l’Association des Amis de l’ANSTS, M. Mamadou Moustapha Ka, de Mme Maimouna Ndoye Bâ, présidente de FEMICS, de Mme Rokhaya Diakhaté, directrice de la Famille, et de Mme Khady Fall Tall, présidente de l’AFAO, un appel collectif a été lancé pour reconstruire le lien social, renforcer l’éducation citoyenne et préserver les valeurs fondamentales de la société sénégalaise.

 

Une alerte nationale sur l’état du lien social

 

« La crise sociétale que traverse notre pays n’est pas une simple difficulté passagère », ont souligné les différents intervenants lors de cette rencontre organisée par l’ANSTS. Elle constitue, selon eux, une transformation profonde qui touche les valeurs, les mécanismes de transmission, les rapports à l’autorité, la solidarité, l’éducation et le sentiment d’appartenance collective.

 

Dans son intervention, le président de l’ANSTS, Dr Moctar Touré, a insisté sur la nécessité d’une réflexion scientifique et inclusive pour comprendre les causes profondes de cette crise et proposer des réponses adaptées. Selon lui, aucune institution ni aucune catégorie sociale ne peut, à elle seule, apporter des solutions à une problématique qui concerne l’ensemble du corps social.

 

« Il faut passer du diagnostic à l’action, avec méthode, responsabilité et cohérence », a-t-il indiqué, appelant à une mobilisation collective impliquant l’État, les familles, les communautés, les chercheurs, les médias et les citoyens.

 

Une crise des valeurs et de la transmission

 

Les débats ont largement porté sur l’érosion progressive de certaines valeurs traditionnelles comme la solidarité, le respect de l’autre, le civisme et la responsabilité collective.

 

Les participants ont relevé que la famille, l’école et les structures communautaires, qui ont longtemps joué un rôle central dans la transmission des valeurs, font aujourd’hui face à de nouveaux défis liés aux transformations sociales, économiques et technologiques.

 

La place de la femme dans cette transmission a également été fortement soulignée. Mme Maimouna Ndoye Bâ, présidente de FEMICS, a rappelé l’importance de reconnaître le rôle essentiel des femmes dans l’éducation, la médiation sociale et la stabilité des familles.

 

Dans la même dynamique, Mme Khady Fall Tall, présidente de l’AFAO, a insisté sur la nécessité de valoriser les communautés de base et les acteurs sociaux qui contribuent quotidiennement à maintenir la cohésion nationale.

L’éducation civique et morale au cœur des solutions

 

Parmi les principales recommandations issues des échanges figure la nécessité de renforcer l’éducation citoyenne dès le plus jeune âge.

 

Les participants ont plaidé pour une réforme qui intègre davantage les notions de civisme, de responsabilité, de respect des institutions, de culture du dialogue et d’esprit critique dans les programmes scolaires et universitaires.

Mme Rokhaya Diakhaté, directrice de la Famille, a rappelé que la reconstruction du tissu social passe nécessairement par un accompagnement renforcé des familles et une meilleure prise en compte des réalités sociales auxquelles elles sont confrontées.

 

Les intervenants ont également évoqué la nécessité de créer des espaces de socialisation, de renforcer les politiques d’aménagement du territoire et de lutter contre les fractures territoriales et économiques qui alimentent parfois le sentiment d’exclusion.

 

Le numérique, un défi majeur pour la société

 

L’impact des réseaux sociaux et des nouvelles technologies a occupé une place importante dans les discussions.

 

Les participants ont estimé que le numérique n’est pas la cause principale de la crise sociétale, mais qu’il agit comme un accélérateur des transformations en cours. D’où l’urgence de développer une véritable culture numérique fondée sur la responsabilité, le discernement et l’éthique.

 

Vers une feuille de route 2026-2030

 

L’atelier a également permis de définir une démarche prospective visant à dégager des orientations stratégiques pour la période 2026-2030.

 

Les groupes de travail constitués devront formuler des recommandations concrètes, identifier les acteurs responsables de leur mise en œuvre et proposer des mécanismes de suivi afin d’éviter que les conclusions ne restent de simples déclarations d’intention.

 

Le président de l’Association des Amis de l’ANSTS, M. Mamadou Moustapha Ka, a salué cette initiative qui permet de réunir différentes composantes de la nation autour d’une préoccupation commune : la préservation du vivre-ensemble.

 

Un appel à une mobilisation nationale

 

Au terme des échanges, un consensus s’est dégagé : le Sénégal dispose encore de ressources importantes pour relever ce défi, notamment à travers sa culture, ses valeurs religieuses, ses traditions de solidarité et l’engagement de sa jeunesse.

 

L’ANSTS entend ainsi poursuivre son rôle d’éclairage scientifique et stratégique auprès des décideurs publics afin de contribuer à une refondation sociale durable.

 

Cette rencontre aura finalement lancé un message clair : face aux mutations profondes de la société sénégalaise, la réponse ne peut être uniquement institutionnelle ou économique. Elle doit être avant tout humaine, éducative, culturelle et citoyenne.

 

Assane Diop

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