BOULANGERIE AU SÉNÉGAL : LES SYNDICATS MENACENT D’UN ARRÊT TOTAL DE LA PRODUCTION DÈS LA PREMIÈRE SEMAINE DE NOVEMBRE
Face à la flambée des charges, à la faible rémunération du pain vendu à 150 FCFA et aux difficultés financières croissantes des entreprises, les acteurs de la boulangerie sénégalaise tirent la sonnette d’alarme. Dans un communiqué conjoint daté du 26 octobre 2026, les organisations syndicales du secteur exigent des mesures urgentes du gouvernement, notamment une révision du prix du pain, un allègement fiscal et un assainissement de la distribution. Faute de réponses concrètes, elles annoncent un arrêt total de la production sur l’ensemble du territoire national durant la première semaine de novembre.
Le secteur de la boulangerie au Sénégal traverse une crise majeure. Face à la dégradation de leurs conditions d’exploitation, les organisations syndicales de la boulangerie haussent le ton et interpellent directement les pouvoirs publics. Dans un communiqué conjoint rendu public pour le 26 octobre 2026, les représentants du secteur estiment que la situation a atteint un niveau critique, menaçant la survie de nombreuses entreprises et la continuité de l’approvisionnement des populations en pain.
« L’heure n’est plus à l’alerte, mais à la survie », préviennent les signataires du document. À travers cette déclaration, les professionnels dénoncent un modèle économique qu’ils jugent désormais insoutenable, marqué par un prix du pain qu’ils considèrent comme non rémunérateur et par l’augmentation persistante des charges liées à leur activité.
Selon les organisations signataires, le maintien du prix du pain à 150 FCFA, dans les conditions actuelles, fragilise considérablement les boulangeries. Elles affirment que les coûts de production pèsent de plus en plus lourdement sur leur trésorerie, au point de rendre financièrement difficile, voire impossible, la poursuite de certaines activités dans des conditions viables.
Pour les professionnels, il ne s’agit donc plus seulement de défendre les intérêts d’une corporation, mais de préserver l’existence même des entreprises de boulangerie, qui jouent un rôle essentiel dans l’approvisionnement quotidien des ménages.
Un mémorandum adressé au gouvernement
Face à cette situation, les organisations syndicales affirment avoir déjà engagé des démarches auprès des autorités. Un mémorandum détaillé a ainsi été déposé auprès du Premier ministre et du ministre chargé du Commerce et de l’Industrie afin d’exposer les difficultés du secteur et de proposer des mesures de sortie de crise.
Les boulangers réclament notamment la tenue immédiate d’un conseil interministériel consacré à l’avenir de la filière. L’objectif est de réunir les départements ministériels concernés autour de décisions urgentes, susceptibles de rétablir un équilibre économique entre les coûts de production, les prix de vente et la viabilité des entreprises.
Au cœur de leurs revendications figure la question du prix du pain, devenue l’un des principaux points de tension entre les professionnels et les pouvoirs publics.
Le prix du pain au centre des revendications
Les syndicats demandent une uniformisation du prix du pain à 200 FCFA sur l’ensemble du territoire national, avec une réduction proportionnelle du poids dans les autres régions, selon les modalités qu’ils souhaitent voir définies par les autorités compétentes.
Cette proposition constitue, à leurs yeux, une réponse à l’augmentation des charges supportées par les boulangeries. Ils estiment qu’une révision du dispositif actuel est indispensable pour permettre aux entreprises de couvrir leurs dépenses et de poursuivre leurs activités sans accumuler davantage de pertes.
Toutefois, les organisations syndicales prévoient une solution alternative dans l’hypothèse où le gouvernement déciderait de maintenir le prix actuel de 150 FCFA pour un pain de 190 grammes.
Dans ce cas, elles exigent une baisse minimale de 3 000 FCFA sur le prix du sac de farine. Cette mesure est présentée comme une condition nécessaire pour réduire les coûts de production et soulager les trésoreries des entreprises.
À travers ces deux options, les professionnels cherchent à obtenir un compromis économique qu’ils jugent indispensable à la sauvegarde de la filière.
Un allègement fiscal et un assainissement du secteur réclamés
Au-delà de la question du prix du pain et du coût de la farine, les syndicats demandent également une révision de la fiscalité applicable aux boulangeries. Ils plaident pour des mesures d’allègement adaptées à la gravité de la crise, afin de réduire la pression financière qui pèse sur les entreprises.
Pour les signataires, la réponse des pouvoirs publics ne saurait se limiter à la seule question tarifaire. Elle doit également prendre en compte l’ensemble des charges et contraintes qui affectent la rentabilité des unités de production.
Autre exigence majeure : l’assainissement du secteur. Les organisations réclament l’application stricte et sans complaisance du décret n° 22-77, notamment en ce qui concerne la distribution et la vente du pain.
Elles considèrent que le respect des règles encadrant ces activités est indispensable pour rétablir des conditions de concurrence plus équitables, garantir une meilleure organisation de la filière et responsabiliser l’ensemble des acteurs intervenant dans la chaîne de commercialisation.
Une tournée nationale avant une éventuelle grève du pain
Parallèlement aux démarches engagées auprès du gouvernement, les organisations syndicales annoncent avoir entamé une vaste tournée nationale de sensibilisation. Cette initiative vise à informer et à mobiliser leurs bases autour des revendications formulées, tout en préparant les professionnels aux éventuelles actions syndicales à venir.
Cette tournée traduit la volonté des organisations de renforcer leur unité et de faire comprendre aux acteurs de la filière les enjeux économiques et sociaux de la crise actuelle.
Mais derrière cette mobilisation se profile une menace qui pourrait avoir des conséquences directes sur les consommateurs : l’arrêt de la production du pain.
Les syndicats préviennent qu’en l’absence de mesures fortes et adaptées de la part du gouvernement, un arrêt total de la production sera observé sur l’ensemble du territoire national durant la première semaine de novembre 2026.
Une telle décision, si elle était effectivement mise en œuvre, risquerait de perturber l’approvisionnement quotidien des ménages en pain, produit de consommation courante au Sénégal. Elle placerait également les autorités face à un défi important : trouver une issue à la crise sans aggraver les difficultés économiques des professionnels ni compromettre l’accès des populations à cette denrée essentielle.
Le gouvernement face à l’urgence
À travers leur communiqué conjoint, les organisations syndicales lancent un appel pressant aux pouvoirs publics. Elles demandent une réaction rapide, des discussions avec les représentants du secteur et des décisions concrètes susceptibles de prévenir une paralysie de la production.
Le dossier de la boulangerie pose ainsi la question de l’équilibre entre le pouvoir d’achat des consommateurs, la maîtrise des prix des produits de première nécessité et la nécessité de préserver les entreprises qui les fabriquent.
Pour les boulangers, la poursuite de l’activité dans des conditions économiquement intenables ne constitue plus une option. Ils affirment que leurs revendications visent avant tout à assurer la survie de leurs entreprises et la pérennité de la filière.
La balle est désormais dans le camp du gouvernement. Entre l’ouverture d’un dialogue susceptible de déboucher sur des mesures négociées et le risque d’un arrêt généralisé de la production dès la première semaine de novembre, les prochains jours seront déterminants pour l’avenir de la boulangerie sénégalaise.
Fallou Sarr
Président national du Regroupement des boulangers du Sénégal authentique (RBS/A)