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Agriculture : le Sénégal mise sur la finance innovante pour combler un déficit de 3 000 milliards FCFA

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Dakar, le 5 mai 2026 – En levant 80 milliards de FCFA à travers la première cotation du Fonds commun de titrisation de créances (FCTC) « Croissance Agricole » à la BRVM, le Sénégal ouvre une nouvelle ère dans le financement de son agriculture. Mais derrière cette avancée, les besoins colossaux du secteur rappellent l’ampleur du défi à relever pour atteindre la souveraineté alimentaire.

Portée par la Banque Agricole du Sénégal, cette opération marque une première dans un secteur longtemps confronté à des difficultés d’accès aux financements structurés. Le mécanisme repose sur la titrisation de créances agricoles, permettant de mobiliser l’épargne du marché financier au profit direct des producteurs.

Présidant la cérémonie, le ministre de l’Agriculture, Mabouba Diagne, a salué une innovation majeure, tout en tempérant l’enthousiasme :

« Les 80 milliards mobilisés constituent un signal fort, mais restent très en deçà des besoins estimés à près de 3 000 milliards de FCFA », a-t-il souligné.

Un outil prometteur face à un défi structurel

L’intérêt du FCTC réside dans sa capacité à connecter le secteur agricole, souvent jugé risqué, aux marchés financiers régionaux. Une mutation stratégique dans un contexte où les financements publics ne suffisent plus à soutenir la transformation agricole.

Cependant, les défis restent massifs. Le Sénégal vise notamment :

plus d’un million de tonnes de riz,
près de 450 000 tonnes de maïs,
pour réduire sa dépendance alimentaire.

À cela s’ajoutent des besoins critiques en infrastructures : irrigation, aménagements agricoles, transformation industrielle et stockage. Rien que pour limiter les pertes post-récolte, entre 25 et 30 milliards FCFA seraient nécessaires.

Le secteur privé appelé à jouer un rôle décisif

Au-delà de l’opération financière, les autorités veulent impulser un changement de paradigme. Le recours au marché financier régional est présenté comme une opportunité encore largement sous-exploitée.

Le ministre a ainsi invité les entreprises sénégalaises à s’orienter davantage vers la BRVM pour lever des ressources durables et accompagner leur croissance.
Vers une souveraineté agricole… et financière

Cette initiative s’inscrit dans une vision plus globale : celle d’un financement endogène du développement agricole africain. Elle traduit aussi la volonté du Sénégal de passer d’une agriculture de subsistance à une agriculture compétitive, intégrée et créatrice de valeur.

Malgré des progrès notables dans certaines filières (oignon, pomme de terre, arachide, banane), l’enjeu reste désormais la transformation industrielle et l’inclusion des jeunes et des femmes dans la chaîne de valeur.

Un symbole au-delà de la finance

Plus qu’une simple levée de fonds, cette première cotation incarne une ambition politique et économique : faire de l’agriculture un levier central de souveraineté nationale.
« Cette cloche ne marque pas seulement une opération financière, elle porte les espoirs de tout un secteur », a conclu Mabouba Diagne.

 

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