Derrière les quelques organisations patronales régulièrement présentes dans l’espace médiatique se dessine un paysage beaucoup plus vaste. Industrie, commerce, agriculture, pêche, finance, BTP, mines, numérique ou encore entrepreneuriat féminin : plusieurs dizaines de structures professionnelles participent à l’animation du secteur privé sénégalais. Une diversité qui pose désormais la question de la coordination de ces forces dans la mise en œuvre des ambitions économiques nationales.
Le patronat sénégalais ne se résume pas aux organisations dont les dirigeants occupent régulièrement le devant de la scène. À travers les filières et les secteurs d’activité, une multitude de regroupements professionnels défendent les intérêts des entreprises, des investisseurs, des commerçants et des entrepreneurs.
Cette architecture traduit d’abord la diversité du secteur privé national. Aux côtés de la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (CNES), du Conseil national du patronat (CNP) et du Mouvement des entreprises du Sénégal (MDES), plusieurs organisations interviennent sur des problématiques sectorielles précises.
Dans l’industrie, l’Union des prestataires, des industriels et des commerçants du Sénégal (UPIC), le Syndicat professionnel des industries du Sénégal (SPIDS), le Groupement professionnel de l’industrie du pétrole du Sénégal (GPP), l’Association des industries et prestataires de services de la zone franche industrielle de Dakar (AIPS-ZFID) ou encore l’Union des entreprises du domaine industriel de Dakar (UEDID) constituent des cadres de représentation des acteurs économiques.
Des organisations au plus près des réalités sectorielles
Cette organisation sectorielle se retrouve également dans le commerce, l’agriculture et les activités liées aux ressources halieutiques. L’UNACOIS, l’Union nationale des chambres de commerce, d’industrie et d’agriculture du Sénégal (UNCCIAS) et l’UNACOIDEFS comptent parmi les structures qui portent les préoccupations des opérateurs économiques.
Dans la pêche et l’exportation agricole, le Groupement des armateurs et industriels de la pêche au Sénégal (GAIPES), l’Organisation des commerçants, agriculteurs, artisans et industriels du Sénégal (OCAAIS), le Syndicat des exportateurs des produits agricoles (SEPAS) et l’Union patronale des mareyeurs-exportateurs du Sénégal (UPAMES) interviennent sur des enjeux spécifiques à leurs secteurs.
La Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Dakar (CCIAD), l’Union nationale des chambres des métiers (UNCM) ainsi que d’autres cadres professionnels complètent cette mosaïque institutionnelle.
Investisseurs, PME et secteurs stratégiques
La représentation du secteur privé concerne aussi les investisseurs et les entreprises positionnées sur des secteurs considérés comme stratégiques pour l’économie.
Les Groupements économiques du Sénégal (GES) et le Club des investisseurs sénégalais (CIS) s’inscrivent dans cette dynamique. Le CIS intervient notamment dans des domaines tels que l’industrie, le numérique, les hydrocarbures, le BTP, la santé et l’éducation.
D’autres organisations sont spécialisées dans le bâtiment et les travaux publics, les mines, les petites et moyennes entreprises, les banques et établissements financiers ou encore le secteur pharmaceutique.
Cette diversité montre que le secteur privé sénégalais dispose de plusieurs canaux de représentation. Elle soulève également un enjeu central : comment faire converger ces différentes voix autour des priorités économiques nationales ?
L’enjeu désormais : transformer la diversité en force collective
La multiplication des organisations patronales peut permettre une meilleure prise en compte des réalités propres à chaque filière. Mais elle nécessite également des mécanismes de dialogue et de coordination capables de faire émerger des positions communes sur les grandes questions économiques : financement des entreprises, accès au marché, fiscalité, compétitivité, formation professionnelle, emploi des jeunes, production locale et développement des chaînes de valeur.
C’est dans cette perspective que le renouvellement de la Convention nationale État-employeurs privés, le 23 avril dernier, prend une importance particulière. Cette convention, issue d’un partenariat engagé en 1987 et qui n’avait pas été renouvelé depuis 2000, vise notamment à renforcer le rôle du secteur privé dans la promotion de l’emploi.
Pour le gouvernement, cet instrument doit contribuer à traduire les orientations publiques en actions concrètes en faveur des jeunes et des entreprises.
Un secteur privé appelé à jouer un rôle accru
Avec les ambitions affichées en matière de transformation économique, de souveraineté et de création d’emplois, le secteur privé national est appelé à occuper une place importante dans la dynamique de développement du Sénégal.
La question n’est donc plus seulement de savoir combien d’organisations composent le patronat. Elle porte aussi sur leur capacité à dialoguer, à mutualiser leurs expertises et à construire des propositions susceptibles d’accompagner les politiques publiques.
De l’industrie au commerce, de l’agriculture au numérique, des PME aux grands investisseurs, cette diversité constitue l’une des principales caractéristiques du secteur privé sénégalais. Son efficacité collective dépendra notamment de la capacité de ses différentes composantes à faire entendre leurs préoccupations tout en participant à la construction d’un environnement favorable à l’investissement, à la production et à l’emploi.
Assane Diop