250 ans de la Révolution du Fouta : chercheurs, autorités et descendants d’Almamy Abdoul Kader Kane plaident pour la transmission d’un héritage de justice et de bonne gouvernance
À l’occasion du 250ᵉ anniversaire de la Révolution du Fouta, un important colloque scientifique a réuni universitaires, historiens, autorités et descendants d’Almamy Abdoul Kader Kane autour d’une réflexion sur l’héritage politique, institutionnel et moral de cette révolution. Les différentes interventions ont mis en lumière l’actualité des valeurs de justice, de mérite et de gouvernance vertueuse portées par le premier Almamy du Fouta, tout en appelant la jeunesse à s’approprier cette page majeure de l’histoire du Sénégal et de l’Afrique.
Un anniversaire placé sous le signe de la transmission
Président du comité d’organisation et descendant d’Almamy Abdoul Qâdiri Kane, le juge Hamady Ba a expliqué que cette célébration ne vise pas uniquement à honorer une mémoire familiale, mais à faire connaître aux jeunes générations un patrimoine historique qui appartient à toute la nation sénégalaise. Selon lui, la Révolution du Fouta constitue l’une des plus grandes expériences politiques africaines, ayant instauré dès le XVIIIᵉ siècle un État fondé sur la justice, l’intégrité, le mérite et la responsabilité.
Il a rappelé que cette révolution ne s’est pas limitée à un changement de pouvoir. Elle a posé les bases d’une administration moderne privilégiant la bonne gouvernance, la répartition équitable des terres, la protection des populations les plus vulnérables et l’égalité devant la loi.
« Tous les principes que les États modernes cherchent aujourd’hui à promouvoir existaient déjà dans le Fouta il y a plus de deux siècles », a-t-il souligné.

Un pouvoir fondé sur le mérite
Revenant sur la désignation d’Almamy Abdoul Qâdiri Kane, Hamady Ba a rappelé que l’érudit n’avait accepté de diriger la communauté qu’à une condition essentielle : que le pouvoir ne soit jamais héréditaire, mais repose exclusivement sur le mérite, la compétence, le savoir et les qualités morales.
Selon lui, gouverner devait être un service rendu au peuple et non un moyen d’accumuler des richesses ou de servir des intérêts personnels.
Le magistrat a également indiqué que le comité d’organisation avait souhaité donner une dimension scientifique à cette commémoration. Après une première activité culturelle organisée en avril, un partenariat a été établi avec le Département d’histoire de l’université afin de revisiter cette période avec toute la rigueur académique nécessaire.
Le Général Ousmane Kane appelle à préserver la mémoire de Thierno Souleymane Baal
Président de l’Association Thierno Souleymane Baal, le Général Ousmane Kane a insisté sur l’importance de préserver et de transmettre l’œuvre des fondateurs de la Révolution du Fouta. Il a rappelé le rôle déterminant joué par Thierno Souleymane Baal dans l’émergence d’un système politique reposant sur les principes de justice, d’éthique et de responsabilité.
Pour lui, cette mémoire constitue une source d’inspiration pour les générations actuelles face aux défis de gouvernance et de développement auxquels sont confrontées les sociétés africaines.
Le professeur Mamadou Timéra souligne la portée scientifique de l’événement
Le doyen de la Faculté des Lettres et Sciences humaines (FLSH), Pr Mamadou Timéra, a salué la tenue de ce colloque qui permet de renforcer les connaissances historiques sur la Révolution du Fouta.
Il a insisté sur la nécessité de poursuivre les recherches universitaires afin de mieux documenter cette expérience politique exceptionnelle et d’en faire un véritable objet d’enseignement et de recherche pour les étudiants, les historiens et les générations futures.
Cheikh Tidiane Gadio : « Une expérience politique d’une portée universelle »
Prenant également part aux échanges, Cheikh Tidiane Gadio a mis en avant la dimension africaine et universelle de la Révolution du Fouta. Selon lui, cette expérience démontre que le continent africain possède une longue tradition d’organisation politique, de gouvernance et de réflexion institutionnelle bien avant la période coloniale.
Il a estimé que les principes défendus par Almamy Abdoul Qâdiri Kane demeurent d’une grande actualité dans un contexte où les États africains cherchent à renforcer l’État de droit, la justice sociale et la bonne gouvernance.
Un héritage pour le Sénégal, l’Afrique et le monde
Au terme des échanges, les différents intervenants ont convergé vers une même conviction : l’héritage laissé par Almamy Abdoul Qâdiri Kane, Thierno Souleymane Baal et les Almamy du Fouta dépasse largement les appartenances familiales ou territoriales.
Tous ont appelé les responsables politiques, les universitaires, les chercheurs ainsi que la jeunesse sénégalaise à s’approprier cette histoire afin d’en faire un levier de réflexion sur la gouvernance, la justice sociale, l’égalité devant la loi et le service désintéressé de l’État.
À travers ce colloque marquant les 250 ans de la Révolution du Fouta, les organisateurs ambitionnent de faire reconnaître davantage cette page majeure de l’histoire politique et institutionnelle du Sénégal, dont les enseignements continuent d’éclairer les débats contemporains sur la démocratie, le mérite et la gouvernance vertueuse.
Assane Diop