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Textile, artisanat et industrialisation : le Sénégal veut faire du coton local un moteur de souveraineté économique.

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Réunis à Dakar à l’occasion d’un forum majeur consacré au textile, à l’artisanat et aux industries créatives, des acteurs institutionnels, industriels et entrepreneurs ont plaidé pour une relance ambitieuse de la filière coton-textile au Sénégal. Entre valorisation du Made in Sénégal, transformation locale, formation technique et partenariats structurants, tous appellent à faire du textile un pilier stratégique de l’industrialisation et de la création d’emplois.

Le textile sénégalais en quête de renaissance

Le Sénégal veut redonner au textile ses lettres de noblesse. À Dakar, lors d’un forum d’envergure consacré au textile, à l’artisanat et aux industries créatives, les différentes interventions ont convergé vers une même ambition : relancer la filière coton-textile en misant sur la transformation locale, la structuration des métiers et la promotion du Made in Sénégal.

Cette rencontre a réuni des représentants d’institutions publiques, du secteur privé, des industriels, des créateurs, des stylistes et des artisans autour d’un enjeu majeur : faire du coton sénégalais une véritable richesse économique au service de l’emploi, de la souveraineté industrielle et du rayonnement national.

L’APDA au cœur du plaidoyer pour les artisans

Parmi les voix les plus remarquées de cette rencontre figure celle de Mme Sophie Nzingua Sy, Directrice générale de l’Agence pour la Promotion et le Développement de l’Artisanat (APDA).

Sa participation à ce forum s’inscrit dans une logique claire : accompagner les artisans sénégalais, valoriser leur savoir-faire et les connecter à des opportunités de développement plus larges.

Pour la Directrice générale de l’APDA, la présence de l’institution à un tel rendez-vous est tout sauf fortuite. Elle répond à une mission fondamentale : soutenir l’artisanat sénégalais tout en l’inscrivant dans une dynamique de modernisation et d’industrialisation.

Selon elle, ce type de plateforme permet d’ouvrir de nouvelles perspectives aux acteurs du secteur, notamment en matière de visibilité, de partenariats, de commercialisation et de mise en réseau avec les investisseurs et les industriels.

Transformer le coton local pour créer plus de valeur

 

Au cœur des échanges, une idée forte s’est imposée : le Sénégal doit mieux exploiter et transformer ses propres ressources, à commencer par le coton.

 

Mme Sophie Nzingua Sy a insisté sur la nécessité de faire renaître les industries cotonnières sénégalaises, tout en soutenant les tailleurs, designers, stylistes, artisans et petites entreprises qui ont besoin d’un accès plus facile à des matières premières produites localement.

 

L’enjeu, selon elle, dépasse largement la seule fabrication textile. Il s’agit aussi de rendre le Made in Sénégal plus accessible, plus compétitif et plus attractif, afin que les consommateurs sénégalais puissent davantage se tourner vers des produits conçus et fabriqués sur place.

 

Dans cette perspective, elle a défendu une vision intégrée de la filière, estimant que l’artisanat et l’industrie ne doivent plus être considérés comme deux mondes séparés, mais comme les deux faces d’une même dynamique de transformation économique.

 

Un partenariat stratégique avec Domitexka

 

 

Parmi les signaux encourageants évoqués au cours du forum figure la redynamisation de Domitexka, entreprise basée à Kaolack, considérée comme un maillon important dans la relance du textile local.

Mme Sophie Nzingua Sy a révélé qu’une convention de partenariat a été signée en début d’année entre l’APDA et Domitexka, avec pour objectif de soutenir les artisans et de contribuer à la relance industrielle de la filière.
Ce partenariat vise à offrir de nouveaux débouchés aux acteurs du secteur, tout en favorisant une meilleure articulation entre les besoins des professionnels de la mode, de l’artisanat et les capacités de transformation industrielle.

Pour l’APDA, cette synergie constitue un levier essentiel pour structurer toute la chaîne de valeur textile, depuis la matière première jusqu’au produit fini.

Un panel de haut niveau pour défendre le Made in Sénégal

Les échanges ont également été marqués par un panel de haut niveau réunissant plusieurs institutions et acteurs majeurs, parmi lesquels le NEPAD, l’UNESCO ainsi que des représentants du secteur privé.

Ce cadre a permis de mettre en lumière les opportunités réelles de croissance du textile sénégalais, mais aussi les défis persistants liés à la transformation, au financement, à la compétitivité et à la montée en gamme.

Pour Mme Sophie Nzingua Sy, il devient aujourd’hui urgent de passer des intentions aux actions concrètes, en renforçant les partenariats public-privé, en développant les chaînes de valeur locales et en encourageant davantage la consommation de produits fabriqués au Sénégal.

Elle a également salué les efforts engagés au plus haut niveau de l’État pour promouvoir le Made in Sénégal, estimant que la visibilité institutionnelle accordée aux créations locales contribue fortement à valoriser le secteur.
Un forum africain aux fortes opportunités économiques

Au-delà du Sénégal, ce forum s’inscrit dans une dynamique continentale. Des entreprises venues de plusieurs régions d’Afrique, notamment de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique du Nord, ont pris part à cette édition.

Près de 3 000 participants étaient attendus, preuve de l’intérêt grandissant que suscite la filière textile sur le continent.

Pour les organisateurs comme pour les participants, cette rencontre représente bien plus qu’un simple événement sectoriel : elle constitue un espace de réseautage, de coopération et d’ouverture sur des marchés plus vastes.
Mme Sophie Nzingua Sy a d’ailleurs insisté sur la nécessité, pour les PME sénégalaises, de mieux saisir ces opportunités afin de développer leurs activités, nouer des alliances stratégiques et renforcer leur présence dans les circuits économiques régionaux et internationaux.

Aïssa Dionne : “Produire ce que nous consommons”

Autre intervention marquante de cette rencontre : celle de Mme Aïssa Dionne, entrepreneure et manager de Aïssa Dionne Tissus & Compagnie, figure reconnue du textile sénégalais.

Forte de plus de 30 années d’expérience, elle a porté un message clair : le Sénégal doit produire ce qu’il consomme, en particulier dans le domaine du textile.

Son entreprise, historiquement enracinée dans le tissage traditionnel mandjack, a progressivement évolué vers une position intermédiaire entre artisanat et industrie. Une trajectoire qui, selon elle, démontre qu’il est possible de faire monter en gamme le textile sénégalais, à condition d’investir durablement dans les compétences, les équipements et la production locale.

Une joint-venture pour accompagner la relance textile

Dans cette dynamique, Mme Aïssa Dionne a annoncé avoir récemment signé une joint-venture avec Domitexka, dans le but d’apporter son expertise de designer textile à la relance de la filière.

L’objectif est de produire des tissus de qualité destinés aux créateurs de mode, aux fabricants de mobilier et à tous les professionnels qui ont besoin de textiles conçus et fabriqués en Afrique.

Selon elle, cette dynamique pourrait permettre au Sénégal de mieux concurrencer les importations, notamment sur des produits du quotidien pourtant relativement simples à produire localement.

Elle a cité l’exemple des draps, qu’elle considère comme un symbole fort du paradoxe économique actuel : un pays qui produit du coton, mais continue d’importer massivement des produits textiles de base.
Du textile à l’ameublement : tout un écosystème à bâtir

Pour Mme Aïssa Dionne, le potentiel du secteur ne se limite pas aux tissus destinés à l’habillement.

Elle a élargi la réflexion à d’autres segments à forte valeur ajoutée, comme les nappes, rideaux, tissus d’ameublement, mais aussi la fabrication de meubles et de canapés.

Autant de secteurs qui, selon elle, sont intimement liés au textile et peuvent devenir de puissants gisements d’emplois, à condition d’être mieux structurés, mieux accompagnés et mieux professionnalisés.
Former, formaliser et structurer pour bâtir une industrie durable

Au fil des interventions, un même mot d’ordre est revenu avec insistance : structurer.

Structurer les métiers.

Structurer les chaînes de production.

Structurer l’accès au marché.

Structurer les compétences.

Pour l’APDA comme pour les acteurs privés, l’avenir du textile sénégalais repose sur un triptyque clair : formation, formalisation et industrialisation.

Dans cette logique, Mme Aïssa Dionne a plaidé pour la création d’un institut des métiers d’art ainsi que pour le développement d’écoles techniques spécialisées, capables de former une nouvelle génération de professionnels dans les domaines du textile, du design, de la fabrication et de l’ameublement.

Le coton sénégalais comme nouveau levier de développement

En toile de fond de ce forum, une ambition commune s’est nettement dessinée : faire du coton sénégalais un véritable levier de transformation économique.

En misant sur la production locale, la consommation nationale, l’innovation, la formation et la structuration des métiers, les acteurs du secteur veulent inscrire durablement le Sénégal dans une nouvelle ère industrielle.
Le message porté à Dakar est sans ambiguïté : le textile ne doit plus être perçu uniquement comme un secteur d’expression culturelle ou artisanale, mais comme un pilier stratégique de souveraineté économique, de création d’emplois et de rayonnement national.

Si les engagements annoncés se traduisent en actions concrètes, la relance de la filière coton-textile pourrait bien faire du coton sénégalais un “nouvel or” au service du développement.

Assane Diop

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