Depuis la finale Maroc–Sénégal, une indignation sélective s’est installée autour du comportement de Pape Thiaw.
Pourtant, lorsqu’on replace les événements dans leur contexte et leur chronologie, une autre lecture s’impose. Au centre de cette affaire apparaît Fouzi Lekjaa, président de la Fédération Royale Marocaine de Football et vice-président de la CAF.
Pour lui, la défaite du Maroc face au Sénégal, vécue devant les plus hautes autorités et tout un pays, a dépassé le simple cadre sportif. Elle a été ressentie comme une humiliation personnelle.
Or, à ce stade, aucun fait établi ne permet d’affirmer que Pape Thiaw ait insulté ou agressé un arbitre. Sa réaction – la menace de quitter l’aire de jeu pour protester contre un arbitrage jugé scandaleux – s’est déroulée sans violence verbale ni physique.
Un geste fort, certes maladroit, mais sans précédent disciplinaire comparable à certains épisodes passés au sommet du football africain.
2019 :
un premier signal ignoré En 2019, à l’issue de la finale de la Coupe de la CAF entre Zamalek et la RS Berkane, plusieurs témoins et un rapport officiel affirment que Fouzi Lekjaa aurait porté un coup de tête à l’arbitre international éthiopien Bamelak Tesema.
Une plainte est déposée par la Fédération éthiopienne. L’affaire sera finalement classée sans suite par la CAF, alors même que Lekjaa siégeait comme 3ᵉ vice-président de l’instance.
Juillet 2025 :
la finale de la CAN féminine Lors de la finale de la CAN féminine perdue par le Maroc face au Nigeria, une scène filmée fait le tour des réseaux sociaux.
On y voit Lekjaa s’en prendre verbalement au trio arbitral féminin namibien, après l’annulation d’un penalty marocain par la VAR. Dans la foulée, des accusations de partialité sont lancées contre la CAF et des menaces auraient été proférées à l’encontre des arbitres.
Quelques semaines plus tard, le directeur des arbitres de la CAF, Désiré Noumandiez Doué, est remplacé par Bakary Papa Gassama. Les dossiers étaient connus de Gianni Infantino et de Patrick Motsepe.
Novembre 2025 :
Coupe du Monde U17 Après l’élimination du Maroc face au Brésil, Fouzi Lekjaa critique violemment l’arbitrage. Là encore, aucune sanction disciplinaire n’est annoncée.
Fin 2025 :
tensions au sein de la CAF Plus récemment, selon des informations relayées par Romain Molina, Lekjaa aurait insulté et menacé le président de la Fédération nigériane, Ibrahima Gusau, lors d’une réunion du Comité exécutif de la CAF.
Le motif : avoir dénoncé l’arbitrage d’un match Maroc–Nigeria. Dans le même climat, la lourde suspension infligée à Samuel Eto’o (quatre matchs et 20 000 dollars d’amende pour un geste de colère en tribune) est perçue par certains observateurs comme le symptôme d’un système disciplinaire à géométrie variable, où l’influence pèse parfois plus que les faits.
Une indignation à deux vitesses C’est à la lumière de cette chronologie que la sévérité envisagée contre Pape Thiaw interroge. Comment expliquer qu’un entraîneur n’ayant ni insulté ni agressé un arbitre se retrouve aujourd’hui sous la menace de sanctions exemplaires, quand des comportements bien plus graves sont restés impunis par le passé ?
La réaction provoquée par la finale Maroc–Sénégal semble avoir mis le doigt sur une réalité plus profonde : celle d’un système opaque, habitué à l’impunité, soudain exposé sous les projecteurs internationaux.
En révélant cette fracture, Pape Thiaw a peut-être, sans le vouloir, déclenché une riposte. Reste désormais à observer la réponse des nouveaux dirigeants du football sénégalais.
Car au-delà d’un homme, c’est la crédibilité, l’équité et la transparence du football africain qui sont en jeu.
Momar Assane