Octobre Rose ULF 2026 : « Ma fille ne sera pas excisée », un roman qui ouvre le débat sur le cancer et les violences faites aux filles
À l’occasion d’Octobre Rose ULF 2026, une cérémonie de dédicace du roman « Ma fille ne sera pas excisée » de Mariama Nianthio Ndiaye Sy s’est tenue ce samedi 3 octobre 2026. Parrainée par M. Aliou Niane, magistrat, Conseiller maître et président de la Chambre de discipline financière de la Cour des comptes du Sénégal, la rencontre a associé littérature, sensibilisation au cancer et réflexion sur les mutilations génitales féminines. Plusieurs personnalités de la magistrature, de la culture et de la lutte contre le cancer ont pris part à cette rencontre.

Une cérémonie placée sous le signe du livre, de la santé et de la protection des filles
La cérémonie de dédicace du roman « Ma fille ne sera pas excisée » de Mariama Nianthio Ndiaye Sy a été articulée autour de trois principaux temps forts : la cérémonie officielle d’ouverture, une séance de sensibilisation consacrée au cancer dans le cadre d’Octobre Rose, puis la présentation de l’œuvre et les échanges autour de son contenu.
La rencontre a notamment enregistré la présence de Seydina Sow, directeur général de la Maison d’édition Salamata EDISAL, de Mme Takia Nafissatou Fall Carvalho, magistrate, ainsi que de M. Abdoulaye Racine Senghor, acteur majeur du monde culturel et littéraire.
Aliou Niane : « Une nation ne peut pas se construire sans le livre »
Prenant la parole en qualité de parrain de la cérémonie, M. Aliou Niane, magistrat, Conseiller maître et président de la Chambre de discipline financière de la Cour des comptes du Sénégal, a salué l’initiative et rendu hommage à l’auteure.
Il a insisté sur la place fondamentale du livre et de l’écriture dans la construction d’une nation. Reconnaissant l’importance croissante de l’intelligence artificielle et des nouvelles technologies, il a toutefois appelé à ne pas laisser ces évolutions reléguer le livre au second plan.
Selon lui, les sociétés ont tout intérêt à continuer de promouvoir la lecture et la production littéraire, particulièrement auprès des jeunes générations.
« Une nation ne peut pas se construire sans le livre. Une nation ne peut pas se construire sans l’écriture », a-t-il souligné, invitant les différents acteurs à œuvrer ensemble pour redonner au livre toute sa place dans la société.
Le parrain a également salué les initiatives qui mettent à la disposition du public des ouvrages de qualité et qui permettent de présenter des hommes et des femmes engagés dans la construction du pays.
Un message fort dans le cadre d’Octobre Rose
L’intervention d’Aliou Niane a également été consacrée à la lutte contre le cancer.
Dans le contexte d’Octobre Rose, il a adressé ses pensées et sa solidarité à toutes les personnes qui se battent contre la maladie. Il a notamment salué le travail des associations engagées dans la sensibilisation et l’accompagnement des malades.
Le président de la Chambre de discipline financière de la Cour des comptes a appelé à renforcer les moyens consacrés à la prévention, au dépistage et à la prise en charge des cancers au Sénégal.
Il a également plaidé pour un meilleur accès aux équipements et aux structures spécialisées sur l’ensemble du territoire, afin de rapprocher les soins des populations.
Un témoignage personnel en faveur de la LISCA
Un autre temps fort de la cérémonie a été le témoignage d’un intervenant qui a évoqué le combat de son épouse contre le cancer du sein.
Il a exprimé sa profonde gratitude à la Ligue sénégalaise contre le cancer (LISCA), qui, selon son témoignage, lui a apporté non seulement un accompagnement matériel, mais également un soutien moral important dans cette épreuve.
Il a souligné que le cancer bouleverse les vies, fragilise les familles et peut placer les malades face à des difficultés financières considérables.
Il a ainsi appelé à poursuivre et à renforcer l’accompagnement des personnes touchées par la maladie.
« Ma fille ne sera pas excisée » : quand la littérature interpelle la société
Le roman de Mariama Nianthio Ndiaye Sy aborde une question particulièrement sensible : celle des mutilations génitales féminines et de la protection de l’intégrité physique des filles.
À travers ses personnages et une intrigue construite autour des tensions entre tradition, pression familiale et protection de l’enfant, l’auteure invite le lecteur à s’interroger sur certaines pratiques sociales.
Plusieurs intervenants ont souligné que l’ouvrage ne se limite pas à dénoncer une pratique, mais ouvre surtout un espace de réflexion sur la capacité d’une société à préserver ses valeurs positives tout en remettant en question certaines pratiques lorsqu’elles portent atteinte à la dignité et à l’intégrité physique de l’enfant.
Le débat a ainsi dépassé le cadre strictement littéraire pour toucher à l’éducation, à la famille, aux traditions et à la responsabilité collective.
Abdoulaye Racine Senghor salue le parcours de l’auteure
Présent pour accompagner la cérémonie, Abdoulaye Racine Senghor a livré une présentation du parcours de Mariama Nianthio Ndiaye Sy et salué ses qualités humaines, son engagement et son intérêt pour la littérature et la jeunesse.
Il a notamment évoqué son parcours académique et professionnel ainsi que ses engagements dans les domaines de la communication, de la littérature et de la promotion de la lecture.
Il a également mis en avant les activités littéraires organisées par l’auteure en direction des enfants et des jeunes, notamment autour de l’écriture, de la lecture et de la création.
Pour lui, le mérite de l’ouvrage réside également dans la manière dont une question sociale complexe est transformée en œuvre littéraire, permettant au lecteur de réfléchir tout en entrant dans un univers narratif.
La LISCA alerte sur les enjeux liés au cancer
La séance de sensibilisation consacrée au cancer a permis de revenir sur les facteurs de risque, l’importance du dépistage et les moyens de prévention.
La représentante de la LISCA a présenté plusieurs données relatives à la situation du cancer au Sénégal et insisté sur les difficultés liées à la disponibilité de statistiques nationales consolidées.
Elle a notamment expliqué que le cancer constitue un enjeu majeur de santé publique et que le dépistage précoce reste essentiel pour améliorer les chances de prise en charge.
La séance a également permis de sensibiliser le public sur le cancer du sein, ses facteurs de risque et l’importance du suivi médical.
Les échanges ont porté sur plusieurs facteurs pouvant être associés au développement de certains cancers, notamment la sédentarité, certaines habitudes alimentaires, le tabagisme, l’alcool, certains facteurs hormonaux et génétiques, ainsi que l’importance d’une hygiène de vie favorable à la santé.
Les spécialistes ont également expliqué le processus de développement d’une cellule cancéreuse et les différents traitements disponibles, notamment la chirurgie, la radiothérapie et la chimiothérapie, selon le type et le stade du cancer.
Un appel à la prévention et au dépistage
La rencontre a permis de rappeler que la lutte contre le cancer ne repose pas uniquement sur les traitements. La prévention, l’information, le dépistage et l’accompagnement psychologique et social constituent également des composantes essentielles.
Les participants ont invité les populations à être attentives aux signes inhabituels et à consulter les professionnels de santé pour bénéficier d’un accompagnement adapté.
Une attention particulière a également été accordée aux personnes présentant des antécédents familiaux ou personnels susceptibles de nécessiter un suivi médical spécifique.
Une cérémonie qui croise deux combats
En associant la dédicace de « Ma fille ne sera pas excisée » à une séance de sensibilisation consacrée au cancer, Mariama Nianthio Ndiaye Sy a voulu inscrire son œuvre dans une démarche de réflexion et de mobilisation sociale.
Les différents intervenants ont souligné que ces deux thématiques renvoient, chacune à leur manière, à une même exigence : protéger la vie, la dignité et l’intégrité de la personne humaine.
La cérémonie du 3 octobre aura ainsi été bien plus qu’une simple séance de dédicace. Elle a constitué un espace de dialogue autour de la littérature, de la santé, de la prévention, de la protection de l’enfant et de l’évolution des mentalités.
À travers son roman, Mariama Nianthio Ndiaye Sy entend donner une voix à celles et ceux qui questionnent certaines pratiques et souhaitent contribuer à une société où chaque fille puisse grandir dans le respect de son intégrité et de sa dignité.
Par Assane Diop
Journaliste