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NOTE POLITIQUE – METTRE FIN À LA XÉNOPHOBIE : PROTÉGER LES SÉNÉGALAIS SANS RENIER LE SÉNÉGAL ( ABDOULAYE WILANE )

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Le Sénégal traverse une période où les difficultés économiques et sociales alimentent légitimement les inquiétudes : chômage, précarité, pouvoir d’achat, accès à l’emploi, difficultés des petites activités et sentiment de déclassement d’une partie de notre jeunesse. Ces préoccupations sont réelles. Elles appellent des réponses politiques sérieuses, courageuses et structurantes.

Mais elles ne sauraient justifier que l’étranger devienne le responsable commode de difficultés dont les causes sont d’abord économiques, sociales, institutionnelles et structurelles. Combattre la xénophobie ne signifie cependant pas refuser la nécessité de réguler. C’est précisément là que doit se situer la responsabilité de l’État.

RÉGULER N’EST PAS STIGMATISER

Un État souverain a non seulement le droit, mais aussi le devoir, de connaître, d’organiser et de réguler les conditions d’entrée, de séjour, de travail et d’exercice des activités économiques sur son territoire. Il doit lutter contre le travail illégal, la fraude, l’exploitation, la concurrence déloyale et toutes les pratiques qui fragilisent les travailleurs ou les opérateurs économiques sénégalais. Il doit également veiller à ce que les règles soient respectées par tous, quelle que soit leur nationalité.

La fermeté de l’État ne devient pas de la xénophobie lorsqu’elle s’exerce sur la base du droit. Ce qui serait dangereux, en revanche, serait de passer de la lutte contre des pratiques illégales ou déloyales à la désignation de l’étranger, en tant que tel, comme un problème. Avant de parler « d’envahissement », il faut donc objectiver les phénomènes, mesurer leur ampleur et distinguer ce qui relève de la présence étrangère, de l’immigration régulière, de l’irrégularité, de la concurrence déloyale, de la concentration économique ou de véritables problèmes d’intégration.

Une République sérieuse ne gouverne pas par les impressions : elle gouverne par les faits, le droit et l’intérêt général.

 

LE SÉNÉGAL DOIT PROTÉGER SES TRAVAILLEURS

La défense des intérêts sénégalais est parfaitement légitime. Notre jeunesse doit pouvoir accéder à l’emploi. Nos artisans, commerçants, entrepreneurs et travailleurs doivent pouvoir exercer leurs activités dans des conditions équitables. Mais la préférence nationale, lorsqu’elle est invoquée, doit être pensée comme une politique de protection et de promotion des citoyens sénégalais, et non comme une politique de rejet de l’étranger.

Notre véritable priorité doit être de renforcer notre économie, notre appareil productif, notre formation professionnelle, notre industrialisation et notre capacité à créer des emplois décents. Car si notre économie demeure incapable d’offrir suffisamment d’opportunités à sa jeunesse, changer de nationalité aux personnes présentes sur le territoire ne réglera jamais le problème de fond. Le chômage des jeunes Sénégalais ne peut pas être expliqué uniquement par la présence des étrangers.

La question fondamentale est donc celle de notre modèle économique et de notre capacité collective à produire davantage, investir davantage et créer davantage de valeur et d’emplois.

 

L’HOSPITALITÉ SÉNÉGALAISE N’EST PAS UNE ABSENCE DE RÈGLES

Le Sénégal est historiquement une terre d’accueil, de brassage et de coexistence. Cette tradition est une richesse. Elle fait partie de notre identité et de notre rayonnement. Mais l’hospitalité ne signifie pas l’absence de règles.
Accueillir ne signifie pas renoncer à contrôler. Respecter l’étranger ne signifie pas renoncer à défendre nos intérêts. Et défendre nos intérêts ne signifie pas humilier ou stigmatiser ceux qui vivent parmi nous. Nous pouvons être un peuple hospitalier et un État organisé. C’est précisément cette distinction qu’il faut rappeler aujourd’hui.

ATTENTION AUSSI AU COMMUNAUTARISME

La lutte contre la xénophobie ne doit pas nous empêcher de regarder avec lucidité une autre question :

celle du communautarisme.

Une société démocratique doit permettre à chacun de conserver ses attaches culturelles et ses traditions. Mais elle doit également préserver ce qui nous rassemble : la citoyenneté, la République et l’intérêt général. Il serait donc tout aussi dangereux de laisser se développer des logiques communautaires qui finiraient par transformer les appartenances d’origine en instruments de mobilisation politique ou électorale.

Nous devons éviter que le Sénégal de demain soit structuré autour de communautés se considérant comme des blocs politiques distincts. La citoyenneté sénégalaise ne peut pas être remplacée par des appartenances
communautaires, ethniques ou nationales. Mais là encore, la réponse ne peut être la suspicion généralisée à l’égard des étrangers. Le communautarisme se combat par la citoyenneté, l’intégration, l’égalité devant la loi
et la force des institutions, pas par la xénophobie.

N’OUBLIONS PAS QUE LES SÉNÉGALAIS SONT AUSSI DES MIGRANTS

Il existe une autre réalité que nous ne devons jamais perdre de vue. Des millions de Sénégalais vivent, travaillent, étudient ou entreprennent à l’étranger. Ils y recherchent des opportunités, contribuent aux économies des pays qui les accueillent et participent au développement de leurs familles et de leur pays. Nous savons donc, mieux que beaucoup d’autres, ce que signifie partir, s’installer ailleurs et chercher à y construire sa vie.

Nous avons le droit d’exiger que nos compatriotes soient respectés partout où ils se trouvent. Mais cette exigence nous impose également une responsabilité morale : le respect que nous réclamons pour les Sénégalais doit être celui que nous sommes capables d’accorder aux autres.

UNE AFRIQUE QUI SE PROTÈGE SANS SE REFERMER

Cette question doit également être replacée dans la réalité africaine. Nos peuples partagent une histoire, des cultures, des familles, des langues, des frontières parfois artificielles et des mobilités anciennes.

La libre circulation en Afrique de l’Ouest n’est pas une invitation à l’anarchie. Elle doit s’accompagner de règles, de contrôles, de responsabilités et de mécanismes permettant aux États de protéger leurs économies et leurs populations. Mais nous devons nous garder de construire l’Afrique par le rejet de l’autre.

Nous ne pouvons pas réclamer la libre circulation pour les Sénégalais lorsqu’ils partent ailleurs et, dans le même temps, considérer systématiquement la présence des autres Africains chez nous comme une menace.
La souveraineté ne consiste pas à fermer les portes. Elle consiste à savoir qui entre, dans quelles conditions, avec quels droits et quelles obligations.

UNE POSITION SOCIALISTE : LA JUSTICE SOCIALE AVANT LE REJET

Pour un socialiste, la question doit être posée autrement. Notre combat doit être celui du travail, de la dignité, de la justice sociale et de l’égalité devant la loi. Nous devons défendre le travailleur sénégalais contre l’exploitation.
Nous devons défendre l’entrepreneur sénégalais contre la concurrence déloyale.

Nous devons défendre notre jeunesse contre le chômage et le déclassement. Nous devons demander à l’État de mieux réguler les activités économiques et migratoires. Mais nous devons également refuser qu’une nationalité entière soit transformée en boucémissaire des insuffisances de nos politiques publiques.

Le socialisme ne peut pas être une politique de rejet. Il doit être une politique de  protection, de régulation et de justice. Notre responsabilité politique est donc double : protéger les Sénégalais et préserver les Il faut combattre l’illégalité sans combattre l’étranger. Il faut combattre la concurrence déloyale sans alimenter la haine. Il faut combattre le communautarisme sans remettre en cause la dignité des communautés. Il faut défendre la souveraineté nationale sans renoncer à notre solidarité africaine.

LE SÉNÉGAL NE DOIT PAS SE RENIER

Nous devons regarder la réalité en face. Oui, il existe des problèmes de régulation. Oui, certaines activités doivent être mieux encadrées. Oui, l’État doit davantage protéger les travailleurs et les acteurs économiques sénégalais

Oui, nous devons rester vigilants face à toute dérive communautariste qui pourrait fragiliser notre cohésion nationale. Mais non, nous ne devons pas transformer ces préoccupations légitimes en procès collectif contre les étrangers.

La grandeur d’une nation ne se mesure pas seulement à sa capacité à protéger les siens. Elle se mesure aussi à sa capacité à le faire sans renoncer à ses principes. Le Sénégal doit rester fidèle à ce qu’il est : une République souveraine, fière de ses intérêts, attachée à sa cohésion nationale, ouverte sur l’Afrique et respectueuse de la dignité humaine.

Le Sénégal aux Sénégalais, oui.
Le Sénégal contre les étrangers, non.
La régulation, oui.
La stigmatisation, non.
La souveraineté, oui.
La xénophobie, non.

C’est cette ligne de responsabilité, de justice sociale et de cohésion nationale que nous devons défendre.

Abdoulaye Wilane
Porte-parole du Parti Socialiste du Sénégal

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