Pour éviter un Brexit dur, supprimons les droits de douane en Europe

Pour éviter un Brexit dur, supprimons les droits de douane en Europe

LE CERCLE/POINT DE VUE – Et si l’Union européenne s’engageait à réduire à zéro tous ses tarifs douaniers envers tout pays à terme, et ce en cas d’accord sur le Brexit avec le Royaume-Uni ?

Voici une proposition simple pour éviter  un Brexit dur : l’Union européenne (UE) devrait s’engager à réduire unilatéralement à zéro tous ses tarifs douaniers envers tout pays à terme, et ce en cas d’accord sur le Brexit avec le Royaume-Uni.

Avec le Brexit, Londres s’est tiré une balle dans le pied, mais c’est négatif aussi pour nous à cause de la disruption de nos relations commerciales. En France, les Hauts-de-France et la Normandie seraient particulièrement touchés, ainsi que toute l’agriculture française (qui y exporte beaucoup) et l’industrie automobile.

Les droits de douane sont des reliques d’un passé protectionniste.

Les Britanniques vont donc quitter le marché unique mais aussi l’union douanière de l’UE (mêmes tarifs douaniers et mêmes normes pour l’importation dans l’UE des produits venus du reste du monde), pensant qu’ils négocieront séparément des accords de plein libre-échange avec le reste du monde.

Libre-échange unilatéral

Aujourd’hui, les droits de douane de l’UE sur l’agriculture sont de 12 % (avec des pics à 30 %) et de 4 % pour les produits manufacturés (avec des pics à 14 % pour le secteur automobile). Ces droits ne s’appliquent actuellement pas entre le continent et le Royaume-Uni, mais s’appliqueraient si ce pays quittait notre union douanière. Ils sont des reliques d’un passé protectionniste et sont maintenus à la demande de lobbies puissants.

Or, la théorie économique est unanime : les barrières protectionnistes sont mauvaises pour le pays en général en protégeant des secteurs en déclin, en faisant payer plus cher les consommateurs. Elle va même plus loin : le libre-échange unilatéral est optimal pour le pays qui le pratique (ce qui fait hurler la plupart des politiques).

Notre proposition est donc que l’UE devrait proposer au Royaume-Uni, en cas d’accord sur le Brexit, d’abroger tous ses droits de douane résiduels, de manière unilatérale et envers tous les pays du monde, graduellement (cinq ans pour les produits manufacturés et dix ans pour l’agriculture), sans rien toucher par ailleurs aux normes commerciales. Avec cette proposition, nous pensons que Londres accepterait de rester de manière permanente dans une telle union douanière. Cela donnerait au Royaume-Uni le libre-échange qu’il veut.

Pour l’UE, cela réduirait l’impact négatif du Brexit pour l’ensemble de l’économie européenne et résoudrait (partiellement) la question de la frontière irlandaise : le besoin de contrôle à la frontière inter-irlandaise serait fortement réduit et permettrait de préserver la paix civile en Ulster.

L’économie au service de la paix

Rappelons que la construction européenne, c’est d’abord mettre l’économie au service de la paix en Europe : créer une union douanière à droits zéro participerait à cette paix. En outre, notre proposition aurait l’avantage de prendre Trump à contre-pied et de désarmer tous ses procès contre le protectionnisme européen.

Pourquoi les pays de l’UE accepteraient-ils cela ? L’Allemagne dira oui car elle est devenue la première puissance commerciale au monde. La France, l’Italie et l’Espagne pourraient dire non, à cause de leurs lobbies agricole et automobile. Paradoxalement, ceux-ci y ont intérêt : un Brexit dur serait catastrophique pour ces agricultures car elles perdraient du jour au lendemain de gigantesques parts de marché en Grande-Bretagne.

Pour les lobbies agricoles, la question n’est pas d’éviter de « perdre » (selon leur logique), mais le scénario dans lequel ils « perdent » le moins. La solution présentée ici est celle où ils « perdent » le moins, en gardant leurs flux d’exportations intact vers le Royaume Uni. Idem pour le secteur automobile.

Jacques Delpla est économiste.

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