LA SEXUALITÉ À L’ÉCOLE : EXCLAMATION OU INTERROGATION

LA SEXUALITÉ À L’ÉCOLE : EXCLAMATION OU INTERROGATION

Cette année, plus de 2000 filles au stade de la puberté ont connu une grosse précoce, souvent à l’issue de liaisons illégitimes, du fait principalement, des œuvres de leurs camarades garçons et aussi des maîtres.

Il semble bien que le ministère de l’éducation ait pris la décision d’introduire l’enseignement de la santé de la reproduction dans les programmes du primaire et de l’élémentaire. Faut-il comprendre là trivialement que l’éducation à la sexualité sera désormais  dispensée aux élèves de 9 à 11 ans ? L’information subrepticement distillée dans la presse a fait bondir des parents d’élèves, interloqués par la brutalité de la nouvelle. Leur réaction ne s’est pas fait attendre. Elle peut paraître à certains égards, épidermique, conservatrice. Mais quel parent d’enfant resterait indifférent à cette annonce ? Quel ascendant ne manifesterait une légitime crainte, voire une compréhensible angoisse de savoir le voile de pudeur qui couvrait jusqu’ici l’évocation de ce thème en famille est levé en classe ? La frayeur des procréateurs n’a alors d’égale que la réactivité de cet habitant de Matam, qui dans les ondes d’une radio, a tout simplement menacé dans le cas échéant, de retirer garçons et filles de l’école. Réaction de colère, d’indignation, mais pas du tout insensée !

La licence scolaire, ou ce qui est considéré comme telle, par des parents inquiets, peut-elle se substituer au tabou familial ? En somme, sur une problématique aussi sensible, l’instituteur doit-il supplanter le géniteur ? Cette année, plus de 2000 filles au stade de la puberté ont connu une grosse précoce, souvent à l’issue de liaisons illégitimes, du fait principalement, des œuvres de leurs camarades garçons et aussi des maîtres. L’anxiété des chefs de famille trouve un terrain, pour ainsi dire, fertile à la révolte.

Et pourtant, il faut comprendre qu’il y a bien, au moins, une nuance, voire une différence conceptuelle, entre l’éducation à la sexualité et la santé de la reproduction. Le premier thème, dans l’imagerie  populaire, semble mettre le focus sur la copulation et affiche ostensiblement les organes génitaux et leur fonctionnalité. Le second, en revanche, couvre une réalité plus exhaustive, allant de l’acte sexuelle à la vieillesse, en passant par la maternité et ses divers modes de gestion. Comment dispenser un enseignement sélectif et adapté sans tomber dans l’incitation à la débauche, perspective qui hante l’esprit  des parents. Les enseignants sont-ils correctement préparés à cette énorme responsabilité ? Disposeront-ils des matériels et  supports didactiques idoines ?  En auront-ils la technique pédagogique spécifiquement acquise après une formation adaptée ? Les élèves le sont-ils aussi. Que dira-t-on des parents, qui pourraient surprendre leurs enfants en train de réciter des leçons avec un verbatim aussi saisissant que le vocabulaire sexuel ? Quelles conséquences postérieures, si dans les préaux, les contenus des échanges entre élèves sont meublés de « sexe » ?

Quand des pères et mères s’exclament et lancent des cris d’orfraie devant ce qu’ils considèrent comme un apprentissage à la déviance sociale, d’autres s’interrogent sur l’opportunité qu’une initiation aux problématiques de la santé de la production peut offrir à des enfants, exposés aux réalités d’une société qui fait de l’affichage sexuel une banalité quotidienne proverbiale. Il suffit de regarder la télévision ou de fréquenter les réseaux sociaux pour constater à quel rythme se développe cette promiscuité avec le fait sexuel.

Comment peut-on continuer de pratiquer la politique de l’autruche (prévoir de rien voir), alors que dans le même temps, les cercles familiaux perdent chaque instant le statut privilégié de réseaux de socialisation et d’incubation sociale ? Comment sous la crainte d’un formatage  licencieux à un si bas âge, on se passerait des substantielles opportunités que  présentent les modules d’enseignement sur l’anatomie (déjà dispensée en classe), l’allaitement maternel, le programme vaccinal, l’espacement des naissances, le planning familial, les rapports aux menstruations, la ménopause, la vieillesse et même les méthodes ambulatoires d’accompagnement en fin de vie.

Mais comment l’enfant confronté à la maîtrise si délicate des compétences instrumentales (lire, écrire, calculer, comprendre), peut-il ingurgiter même une infime partie de cette science. Et surtout quand les enseignants éprouvent tant de mal, pour diverses raisons, à installer les curriculas les plus basiques ? N’est-il pas trop prématuré d’introduire insidieusement à ce stade d’apprentissage, une idéologie malthusianiste que nombre d’organisations internationales agite pour refréner une prétendue « démographie galopante de l’Afrique » ?

Il ne s’agit pas de remorquer machinalement les angoisses existentielles, néanmoins compréhensibles des parents déboussoulés. Nos réalités sociologiques, il est vrai nous enferment souvent dans de fausses certitudes, scientifiquement non démontrées. Elles peuvent aussi nous enserrer dans les mentalités réfractaires au changement et à l’évolution, synonymes de « prisons longue durée. » Mais au fond, est-ce que la science est le seul déterminisme de nos choix de développement, de promotion sociale et d’être, de savoir être et savoir devenir ?

La vérité, si tant qu’elle peut être absolue, ne saurait se trouver ni le scientisme débridé et sans conscience, ni dans la reproduction de modèles extravertis et hors-sol, encore moins,  dans la sensiblerie, le repli identitaire, anachronique et au bout du compte, dangereux. Le modèle sénégalais dans la lutte contre l’extension de la pandémie du SIDA est là pour démontrer que l’ouverture d’esprit sur un fond de respect des valeurs et de la communication positive, peut donner des résultats probants Que n’a-t-on pas entendu dire sur l’utilisation des préservatifs comme d’un visa à la débauche sexuelle  au prime moment de campagne de prévention ? La sélectivité communicationnelle et la segmentation des cibles, l’implication des leaders d’opinion et autres acteurs sociaux, combinés à la disponibilité et l’accès aux condoms et au traitement anti-rétro-viral, auront permis de freiner la prévalence et de la faire baisser.

Et mieux, de réfléchir et mettre en pratique le dépistage individuel, et la transmission mère-enfant. L’intelligence stratégique et  tactique des promoteurs des programmes SIDA et la quête obsessionnelle de l’acceptabilité sociale, sont les clés du succès. En effet, de l’abstinence à la socialisation des malades par la société, de la promotion de la fidélité au refus de la stigmatisation, de la protection au traitement, jusqu’à la gestion domestique du dépistage, cette formidable recherche de l’adéquation constitue bien le sésame de la valeur exemplaire des modèles sénégalais en Afrique de l’Ouest et ougandais en Afrique de l’Est et du Centre. Dans ces zones, On a enfin cessé de chanter avec une incroyable et funeste insouciance que le SIDA, est le Syndrome Inventé pour décourager les amoureux.

Eh bien, ce modèle de gestion participative et intégrative devrait inspirer le projet d’introduction de l’enseignement de la santé de la reproduction dans les programmes scolaires. Sans une implication de tous les acteurs, pour déclencher l’acceptabilité sociale, on risque de créer de nouvelles sources de  conflits, qui dépasseraient les frontières de l’école. Les remous profonds qui marqué la mise en œuvre du Projet des Daaras modernes devraient inspirer à plus de confiance. Surtout quand le gouvernement, à tort ou à raison hésite à introduire, l’enseignement religieux dans les programmes de l’école publique, le parallèle ou le raccourci, est vite fait, à dessein, dans l’alternative ; promotion de la foi à l’école publique du plus grand nombre ou celle de l’éducation à la santé de la reproduction, généralement perçue comme licencieuse.

seneplus.com

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