“Quelle absurdité”, ai-je pensé d’emblée. Comme si les écoles privées ne formaient pas déjà une bulle étanche. Je suis bien placée pour le savoir, puisque j’ai fait à 17 ans un passage, bref mais oppressant, dans ce milieu dont était issu mon premier petit ami, Charlie.

Nos chances de nous rencontrer étaient infimes. Alors que nos familles vivaient à un jet de pierre l’une de l’autre, nos chemins ne se croisaient guère dans cette jungle sociale que forment les classes moyennes britanniques. C’est un pur hasard qui, un jour, nous a conduits tous les deux à la même fête.

De deux planètes très éloignées

À nous regarder, il n’était pas d’emblée évident que Charlie et moi venions d’univers différents. Nous portions tous les deux des sweat-shirts zippés à capuche sur des T-shirts barrés de noms de groupe de rock. Nous buvions la même vodka pas chère (de la Glen’s) allongée de sodas ultrasucrés. Nous parlions tous les deux avec un accent du sud de l’Angleterre, même si le sien était à couper au couteau, et le mien plutôt fait d’une matière malléable qui se déformait au gré de mes interlocuteurs. Pourtant, il suffisait de nous observer d’un peu plus près pour voir que nous évoluions sur deux planètes très éloignées.

Les plus grandes différences tenaient aux écoles que nous fréquentions – à ces salles de classe dans lesquelles un esprit faisait moisson de trésors et l’autre d’inepties, à ces gens avec lesquels nous échangions au quotidien, à ces enseignants qui allaient exalter ou détruire, selon le cas, l’estime de soi de chacun.

Lui était scolarisé à Eton, un établissement conçu pour former des individus destinés à se sentir à l’aise dans les couloirs de Westminster. C’est l’école des futurs Premiers ministres. Allez faire un tour à Windsor : vous y verrez certainement les élèves d’Eton venus [en voisins et] en redingote gambader sur les pavés tels des manchots de la haute.

Une envie de différence

“Le XIXe siècle a appelé pour dire qu’il voulait récupérer son école”, a raillé mon frère, un jour que nous passions devant Eton College en voiture. Nombre de ses diplômés (qui deviennent dès lors des “old Etonians”) entrent directement à Oxford pour se laisser ensuite glisser jusqu’au Parlement. Certains vont parfois surfer à l’université à la surface de la Grande-Bretagne du bas, ne serait-ce que dans un accès de curiosité.

Mon lycée à